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Comment reconnaître un email de phishing ? Le guide pour ne plus vous faire piéger

15 juillet 2026

Vous avez déjà reçu un email qui vous annonce, en gras et en rouge, que votre compte va être blo­qué, qu’une fac­ture est impayée ou qu’un colis n’a pas pu être livré ? Ce n’est pas un cas iso­lé : chaque jour, des mil­liers de per­sonnes reçoivent ce genre de mes­sage conçu pour leur faire peur et leur faire cli­quer sans réflé­chir. C’est ce qu’on appelle le phi­shing, ou hame­çon­nage.

La bonne nou­velle, c’est qu’on peut apprendre à recon­naître un email de phi­shing sans avoir de com­pé­tences tech­niques par­ti­cu­lières. Il suf­fit de savoir où regar­der. Dans cet article, nous allons voir ensemble, étape par étape et avec un vrai exemple à l’ap­pui, com­ment recon­naître un email de phi­shing avant qu’il ne fasse des dégâts.

Dans cet article, je vais prendre pour exemple, un email de hame­çon­nage à l’i­mage d’o2switch. L’email annonce que le domaine et le cer­ti­fi­cat SSL d’un ser­veur vont expi­rer sous deux jours, avec un bou­ton « pres­ta­tion rapide » à cli­quer d’ur­gence. Visuel­le­ment, il reprend le logo, la mas­cotte et même les men­tions légales réelles d’o2switch en pied de page. Et pour­tant, plu­sieurs indices tra­hissent la fraude. C’est ce que nous allons voir.

Un email de phishing, c’est quoi exactement ?

« Phi­shing » vient de l’an­glais « fishing » (la pêche), l’i­dée étant qu’un appât (l’email pié­gé) est lan­cé en espé­rant qu’une vic­time morde à l’ha­me­çon et le terme fran­çais « hame­çon­nage » reprend la même image.

Un email de phi­shing est un mes­sage pié­gé qui se fait pas­ser pour un expé­di­teur de confiance : votre banque, votre opé­ra­teur télé­pho­nique, un ser­vice de livrai­son, ou encore votre héber­geur web. Son but est simple : vous pous­ser à cli­quer sur un lien frau­du­leux ou à trans­mettre des infor­ma­tions sen­sibles (mot de passe, iden­ti­fiants, numé­ro de carte bancaire).

Ce qui rend ces emails effi­caces, c’est qu’ils imitent très bien l’ap­pa­rence des vrais mes­sages : même logo, mêmes cou­leurs, par­fois même men­tions légales copiées mot pour mot. C’est jus­te­ment pour cette rai­son qu’il faut apprendre à recon­naître un email de phi­shing à tra­vers d’autres indices que le simple aspect visuel.

Les signaux qui doivent vous alerter

Voi­ci les points à véri­fier sys­té­ma­ti­que­ment pour recon­naître un email de phi­shing, même quand il a l’air par­fai­te­ment légi­time au pre­mier coup d’œil.

Le nom et l’adresse de l’expéditeur

Le nom affi­ché peut dire à peu près n’im­porte quoi : « Ser­vice Client », « Sup­port Tech­nique », ou même le nom exact de l’en­tre­prise. Ce qui compte, c’est l’a­dresse email réelle der­rière ce nom. Sur ordi­na­teur, un clic sur le nom de l’ex­pé­di­teur affiche géné­ra­le­ment l’a­dresse com­plète. Si elle ne cor­res­pond pas au domaine offi­ciel de l’en­tre­prise, par exemple une suite de carac­tères aléa­toires sui­vie d’une exten­sion quel­conque (« .com », « .net »…), ou une adresse de mes­sa­ge­rie grand public gra­tuite (type @outlook.com, @yahoo.fr) uti­li­sée à la place du domaine propre de l’en­tre­prise, c’est un signal d’a­lerte immé­diat.

Sur la cap­ture d’é­cran ci-des­sous, on voit bien que l’email ne cor­res­pond pas du tout à l’a­dresse d’ex­pé­di­tion d’o2switch. On voit @ost​see​-ferien​-kel​len​hu​sen​.de. S’il s’a­gis­sait vrai­ment d’un email pro­ve­nant d’o2switch, on aurait @o2switch.fr.

La cap­ture d’é­cran montre éga­le­ment que le nom d’ex­pé­di­teur est vague : « ser­vice client », il n’y a aucune men­tion « o2switch ». Un email légi­time d’o2switch affi­che­rait nor­ma­le­ment le nom de la marque de façon claire.

Sur cette capture d'écran, on voit l'expéditeur de l'email :  Service Client, mais l'adresse email est un nom de domaine d'un site allemand.

Un ton urgent ou culpabilisant

« Votre compte sera sus­pen­du dans 24h », « action requise immé­dia­te­ment », « tout sera impac­té si vous ne réagis­sez pas » : ces for­mu­la­tions ont un seul objec­tif, court-cir­cui­ter votre esprit cri­tique en créant un sen­ti­ment d’ur­gence ou de panique. Une entre­prise sérieuse ne vous met (presque) jamais une telle pres­sion par email.

L'objet de l'email dans cette capture d'écran dit : Votre domaine et votre certificat SSL ont expiré.

Des fautes ou des tournures de phrase étranges

Fautes d’or­tho­graphe, phrases mal construites, tra­duc­tions auto­ma­tiques mal­adroites, inco­hé­rences : ce sont des indices clas­siques. Atten­tion tou­te­fois, les ver­sions récentes de phi­shing sont de plus en plus soi­gnées, donc l’ab­sence de fautes ne suf­fit plus à garan­tir qu’un email est fiable.

Tou­jours dans l’exemple du faux email d’o2switch, on voit que le ban­deau orange parle du ser­veur « servd167100.o2s​witch​.net », mais le corps du texte juste en des­sous parle du ser­veur « servd3767100.o2s​witch​.net ». On a donc deux iden­ti­fiants dif­fé­rents dans le même email. Une entre­prise sérieuse veille à ne pas se trom­per dans ses propres don­nées auto­ma­ti­sées ; c’est un signe clas­sique de tem­plate mal falsifié.

Des inco­hé­rences internes au mes­sage sont des indices. En effet, les emails de phi­shing sont sou­vent géné­rés à par­tir de modèles auto­ma­ti­sés mal rem­plis. Il en résulte des numé­ros de compte dif­fé­rents d’un para­graphe à l’autre, des champs vides, des phrases qui s’ar­rêtent en plein milieu.

On remarque ain­si dans l’email de phi­shing que j’ai pris en exemple que dans le ban­deau orange on trouve une phrase cas­sée qui dit : « Le ser­veur servd167100​.o2s​witch​.net bien­tôt », il manque un verbe, la phrase ne veut rien dire. 

une capture d'écran qui montre des incoherences de mail de phishing, avec des noms de serveur différents.

Il manque des mots dans un para­graphe. Ici, on vous rap­pelle votre compte client, mais ce der­nier n’est pas indi­qué et il y a une espace de trop : 

la phrase dans la capture d'écran dit : Rappel, votre identifiant client . Cet identifiant sert à vous authentifier sur l'espace client. Votre code client, utile lors des échanges avec le support, est L1H2 4400.

Un lien qui ne mène pas où il prétend

Avant de cli­quer sur un lien ou un bou­ton, sur­vo­lez-le sim­ple­ment avec votre sou­ris (sans cli­quer) : l’a­dresse réelle vers laquelle il pointe s’af­fiche géné­ra­le­ment en bas de votre navi­ga­teur ou de votre logi­ciel de mes­sa­ge­rie. Si cette adresse ne cor­res­pond pas au site offi­ciel de l’en­tre­prise, ne cli­quez pas.

Ici, le bou­ton emmène bien vers une url qui ne cor­res­pond pas du tout à une url o2switch. L’u­nique adresse de votre compte client d’o2switch est https://​clients​.o2s​witch​.fr/​a​u​t​h​/​c​o​n​n​e​x​ion

Ici on voit bien que ça n’a rien à voir : 

url trompeuse : on voit une url qui n'a rien à voir, avec des séries de chiffres et de lettres.

De plus, le label du bou­ton dit :« pres­ta­tion rapide ». Ce n’est pas vrai­ment une expres­sion com­mune pour ce type de communication.

Une demande d’informations sensibles et/ou une pièce jointe inattendue

Ce n’est pas le cas dans l’exemple que j’ai pris ici, mais on peut vous deman­der votre email et votre mot de passe, votre iden­ti­fiant, les détails de votre carte ban­caire. Il faut savoir qu’au­cune entre­prise sérieuse ne vous deman­de­ra jamais cela. Si un email vous demande ce type d’in­for­ma­tion, ou vous redi­rige vers une page qui les demande, c’est un signal important. 

De même, une fac­ture, un bon de livrai­son ou un docu­ment que vous n’at­ten­diez pas, sur­tout en for­mat .zip ou .exe, doit éveiller votre méfiance. En cas de doute, ne l’ou­vrez pas.

Le réflexe à adopter en cas de doute

Face à un email sus­pect, qui vous semble étrange, voi­ci la marche à suivre :

  1. Ne cli­quez sur aucun lien et ne répon­dez pas direc­te­ment à l’email.
  2. Ren­dez-vous sur le site offi­ciel de l’en­tre­prise en tapant vous-même l’a­dresse dans votre navi­ga­teur, ou en pas­sant par un moteur de recherche plu­tôt qu’en sui­vant un lien reçu par email.
  3. Connec­tez-vous ain­si à votre espace client habi­tuel pour véri­fier si l’in­for­ma­tion annon­cée (fac­ture, expi­ra­tion, blo­cage) est réelle. 
  4. En cas de doute per­sis­tant, contac­tez direc­te­ment le sup­port de l’en­tre­prise via un canal offi­ciel (télé­phone, ticket depuis votre espace client).

Ce que des pirates pourraient faire avec un accès à votre espace client o2switch

Il est utile de com­prendre pour­quoi ce type d’email de phi­shing cible spé­ci­fi­que­ment l’ac­cès à un espace client d’hé­ber­ge­ment, car les consé­quences vont bien au-delà du simple vol d’un mot de passe. Un espace client d’hé­ber­ge­ment web donne accès à l’en­semble de l’in­fra­struc­ture d’un ou plu­sieurs sites. En s’y connec­tant, des per­sonnes mal­veillantes pour­raient : modi­fier ou dégra­der les sites héber­gés (conte­nu rem­pla­cé, page d’ac­cueil défi­gu­rée) ; y insé­rer du code mal­veillant invi­sible pour les visi­teurs, par exemple pour redi­ri­ger le tra­fic ou dif­fu­ser un virus ; accé­der aux bases de don­nées et donc aux infor­ma­tions des clients ou visi­teurs ; lire ou détour­ner les adresses email héber­gées sur le compte pour envoyer d’autres emails de phi­shing depuis une adresse qui paraît alors légi­time, et donc plus cré­dible ; ou encore modi­fier les para­mètres du nom de domaine pour redi­ri­ger le site ailleurs. L’ac­cès est uti­li­sé pour chan­ger le mot de passe et blo­quer le pro­prié­taire légi­time hors de son propre compte. C’est pré­ci­sé­ment parce que les consé­quences peuvent tou­cher un site entier, ses visi­teurs et sa répu­ta­tion, qu’il reste essen­tiel de res­ter vigi­lant face à ce type d’email, même lors­qu’il semble pro­ve­nir d’un émet­teur de confiance.

Si vous avez cliqué ou transmis des informations, voici quoi faire

Pas de panique, mais il faut agir vite :

  • Chan­gez immé­dia­te­ment le mot de passe du compte concer­né, et de tout autre compte uti­li­sant le même mot de passe. En pas­sant, je vous recom­mande for­te­ment de ne jamais uti­li­ser le même mot de passe sur dif­fé­rents sites.
  • Pré­ve­nez le sup­port de l’en­tre­prise concer­née pour signa­ler l’incident.
  • Si des infor­ma­tions ban­caires ont été trans­mises, contac­tez votre banque sans attendre.
  • Sur­veillez vos comptes dans les jours qui suivent pour repé­rer toute acti­vi­té inhabituelle.

Quelques bonnes pratiques pour se protéger au quotidien

Quelques réflexes simples per­mettent de réduire le risque d’être piégé :

  • Acti­vez la double authen­ti­fi­ca­tion si cela est possible.
  • Uti­li­sez un ges­tion­naire de mots de passe pour évi­ter de réuti­li­ser le même mot de passe partout.
  • Pre­nez l’ha­bi­tude de véri­fier l’a­dresse réelle d’un expé­di­teur avant d’a­gir sur un email inhabituel.
  • Accé­dez tou­jours aux sites sen­sibles (banque, héber­geur, admi­nis­tra­tion) en tapant l’a­dresse vous-même ou via un moteur de recherche, jamais via un lien reçu par email.

Recon­naître un email de phi­shing ne demande pas de com­pé­tences tech­niques par­ti­cu­lières : il suf­fit de ralen­tir quelques secondes avant d’a­gir, et de véri­fier les points clés (expé­di­teur, ton, liens, cohé­rence du mes­sage). Comme on l’a vu avec l’exemple usur­pant o2switch, même un email de phi­shing très bien imi­té laisse tou­jours des traces si on prend le temps de le lire atten­ti­ve­ment. La vigi­lance s’ap­prend, et le simple réflexe de dou­ter avant de cli­quer reste la meilleure protection.

Cré­dit, image à la Une : Pho­to de Kap­tu­red by Kasia

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