Vous avez un logo qui fonctionne parfaitement sur votre enseigne et sur vos cartes de visite. Vient le site : il faut le loger dans un en-tête de quelques dizaines de pixels de haut, puis le réduire au carré minuscule de l’onglet du navigateur, le favicon, où plus rien n’est lisible. Le logo n’est pas raté pour autant, il n’a simplement pas été prévu pour ces formats. Vous revenez vers la personne qui l’a dessiné, mais comment lui expliquer la situation ? Et d’ailleurs, comment appelle-t-on la partie qui porte le nom ? Et le symbole ? Essayons d’y voir plus clair.
Qu’est-ce qu’un logo ?
Toute forme graphique, typographique ou plastique peut faire office de logo dès lors qu’elle remplit une fonction d’identification : permettre de reconnaître immédiatement une entreprise, une marque, un produit ou une organisation.
Le mot « logo » fonctionne donc comme un terme générique. Il peut désigner un nom traité graphiquement, un symbole, une combinaison des deux, ou plus largement n’importe quel signe visuel employé de façon constante pour vous identifier.
C’est pratique dans la conversation courante, et beaucoup moins dès qu’il faut demander un fichier précis. Une manière simple de s’y retrouver consiste à distinguer trois cas :
- le logo à lire : le logotype ;
- le logo à voir : le symbole ;
- le logo à lire et à voir : le bloc-marque.
Cette grille n’est pas une nomenclature officielle, et vous ne la trouverez pas sous cette forme dans les manuels. Elle a simplement l’avantage de faire comprendre en une phrase ce que chaque élément fait.
Prenons WordPress pour tout illustrer, puisque vous l’avez sous les yeux tous les jours. Dans le langage courant, « le logo WordPress » désigne aussi bien le W cerclé seul que l’association du W cerclé et du mot WordPress. Ces deux objets ne sont pourtant pas la même chose.
Le logo à lire : le logotype
Le logotype repose sur le nom de la marque, traité de façon typographique et graphique. Il est fait pour être lu.
Il ne faut pas le confondre avec le simple nom saisi dans une police standard. Sa typographie est choisie et sa composition fixée : proportions, espacement entre les lettres, et parfois certaines lettres redessinées. On ne reproduit donc pas un logotype en retapant son nom au clavier : on utilise le fichier graphique fourni.
Le mot lui-même vient de l’imprimerie, et son sens d’origine éclaire l’usage actuel. Le Trésor de la langue française le définit comme un « groupe de plusieurs caractères fondus en un seul bloc de manière à rendre plus rapide la composition typographique ».
À l’époque du plomb, un ouvrier composait le texte lettre par lettre, en piochant chaque caractère dans une casse. Pour les groupes de lettres qui revenaient sans cesse, on avait fondu des blocs tout faits : un seul geste au lieu de trois. Le logotype était donc, littéralement, plusieurs signes solidaires devenus un objet unique.
C’est resté. Votre nom n’est plus une suite de lettres indépendantes, c’est un bloc que l’on déplace d’un seul tenant, et à l’intérieur duquel on ne touche à rien.
Un avertissement sur le mot, car il circule avec deux sens. Dans les dictionnaires généraux, logotype désigne le logo tout entier : le Larousse en donne « représentation graphique d’une marque commerciale, du sigle d’un organisme, d’un produit », et signale « logo » comme son abréviation courante. Dans le vocabulaire des graphistes, le terme est aussi fréquemment employé dans un sens plus restreint pour désigner la seule partie textuelle.
La démonstration est sous vos yeux. Dans son Design Handbook, WordPress nomme Logotype l’ensemble composé du W Mark et du WordPress Wordmark. Le projet emploie donc le mot au sens large, là où cet article l’emploie dans un sens plus restreint. Aucun des deux usages n’est fautif, et c’est précisément ce qui rend la vérification nécessaire : si un prestataire vous parle du logotype, demandez-lui lequel des deux il a en tête avant de commander quoi que ce soit.
L’exemple WordPress
Dans le vocabulaire retenu ici, le mot WordPress, présenté avec le traitement typographique propre à la marque, constitue le logotype. Sa fonction d’identification repose sur la lecture du nom : c’est le logo à lire.

Le logo à voir : le symbole
Le symbole est un signe graphique qui vous identifie sans qu’il soit nécessaire de lire votre nom. Il peut prendre la forme d’un pictogramme, d’un monogramme, d’une forme abstraite, d’un emblème ou d’une représentation figurative.
Sa force tient à sa reconnaissance visuelle, immédiate, y compris dans de petits formats lorsqu’il a été conçu pour cela. Sa faiblesse est l’envers exact : un symbole abstrait ne dit rien tant qu’on ne l’a pas appris. Le sens ne vient pas du dessin, il vient de la répétition et de l’association avec votre nom.
Parmi ces formes, le monogramme mérite une mention particulière. Ce sont des initiales traitées comme un dessin, souvent entrelacées ou emboîtées. Il est fait de lettres, mais on ne le lit pas vraiment : on le reconnaît.
C’est un dispositif d’identité à part entière, qui élève quelques lettres au rang de marque personnelle ou de maison, avec une charge d’héritage que le nom complet ne porte pas. Qu’il tienne dans les petits formats est une conséquence commode, pas sa raison d’être.
L’exemple WordPress
Le W cerclé est le symbole de WordPress. Il s’emploie seul et reste immédiatement identifiable pour qui connaît le logiciel : c’est le logo à voir.
Dans le langage courant, on parlera volontiers du « logo WordPress » en le désignant. Dans une description précise, c’est le symbole.

Le logo à lire et à voir : le bloc-marque
Le bloc-marque est une composition organisée réunissant plusieurs éléments de l’identité visuelle. Dans sa forme la plus courante, il associe le logotype et le symbole.
Il peut aussi intégrer d’autres éléments fixes : une signature ou baseline, une mention institutionnelle, une indication géographique ou juridique.
Ce n’est donc pas seulement la présence de plusieurs éléments qui définit le bloc-marque, mais leur assemblage selon une composition arrêtée : position, proportions, alignement, espacement, zone de protection.
Ce verrouillage n’est pas une coquetterie. Sans relation fixée, chaque personne qui emploie le logo le recompose un peu à sa façon : le symbole plus gros ici, plus écarté là, passé au-dessus du nom sur un support où la place manquait. Aucune de ces variantes ne choque isolément.
Mises bout à bout, elles empêchent la reconnaissance de s’installer, puisque votre public ne voit jamais deux fois le même objet. Le verrouillage est ce qui rend la répétition possible.
C’est aussi pourquoi un bloc-marque est parfois décliné en deux dispositions : une horizontale, symbole à gauche du nom, pour les bandeaux et les en-têtes de site ; une verticale, symbole au-dessus, pour les espaces plus carrés. Ce ne sont pas deux logos différents, ce sont deux assemblages prévus pour deux formes d’espace. WordPress fournit les deux, sous les noms Standard et Alternative.
Vous rencontrerez surtout ce terme dans une charte graphique ou dans la bouche d’une agence, rarement ailleurs. C’est justement pour cela qu’il vaut d’être connu : le jour où on vous le sert, vous saurez de quoi il s’agit. Les documents en anglais parlent de lockup.
L’exemple WordPress
Lorsque le W cerclé est associé au mot WordPress selon une disposition définie, l’ensemble forme un bloc-marque. Vous avez alors simultanément quelque chose à voir, le symbole, et quelque chose à lire, le logotype.

Pourquoi « logo » et « bloc-marque » sont tous les deux corrects
Un bloc-marque reste un logo au sens générique. L’association du symbole WordPress et du logotype WordPress peut donc parfaitement s’appeler « le logo WordPress », et personne ne vous reprendra.
Mais si vous voulez décrire sa construction, ou demander un fichier précis, le terme bloc-marque est le bon.
Le logo est le terme générique. Le bloc-marque décrit une composition organisée de plusieurs éléments de l’identité visuelle.
➔ Un bloc-marque est toujours un logo, mais tous les logos ne sont pas des blocs-marques.
Récapitulatif avec WordPress
| Élément | Fonction | Terme précis | Repère |
|---|---|---|---|
| Le mot « WordPress » traité graphiquement | Identifier par le nom | Logotype | Logo à lire |
| Le W cerclé | Identifier par un signe visuel | Symbole | Logo à voir |
| W cerclé + WordPress | Associer symbole et nom | Bloc-marque | Logo à lire et à voir |
Quand le symbole peut se passer du nom
C’est la question qui vous ramène à votre favicon. Le W cerclé s’emploie seul sans difficulté, mais il faut voir pourquoi : des millions de personnes l’ont vu pendant des années à côté du mot WordPress. L’association est faite, le symbole peut voler de ses propres ailes.
Une structure qui débute ne dispose pas de cette réserve. Son symbole employé seul a peu de chances de l’identifier auprès d’un public qui ne la connaît pas encore, quelle que soit la qualité du dessin, parce que cette association n’a pas encore été apprise. Le nom doit donc rester visible partout où la place le permet, et le symbole seul se réserve aux emplacements où le nom ne tient pas : le favicon en premier lieu, l’avatar ensuite.
C’est ce qui explique qu’un logo existe en plusieurs versions. Ce ne sont pas des variantes décoratives, mais les réponses à des contraintes bien réelles : un carré de seize pixels dans un onglet, un avatar recadré en cercle, un bandeau large et bas, un fond sombre, une impression en une seule couleur.
Quelle version employer dans quel contexte, à partir de quelle taille le logo devient illisible, quel espace laisser autour : ces règles ne relèvent pas du logo lui-même, mais du document qui les fixe. C’est le rôle de la charte graphique, que nous avons traitée à part.
Comment le formuler dans une charte graphique
Ce vocabulaire devient très concret dès qu’il faut écrire les règles. Une formulation de ce type suffit à lever la plupart des ambiguïtés :
L’identité visuelle se compose d’un symbole et d’un logotype. Le symbole peut être utilisé seul dans certains contextes. L’association du symbole et du logotype forme le bloc-marque principal.
Trois phrases, et chacun sait de quoi l’on parle : le symbole comme élément graphique autonome, le logotype comme nom traité graphiquement, le bloc-marque comme leur association organisée.
À retenir
- Logo : le terme générique, qui désigne tout signe servant à vous identifier.
- Logotype : votre nom traité graphiquement, devenu un bloc indivisible. Le logo à lire.
- Symbole : le signe reconnaissable indépendamment du nom, qui ne veut rien dire tant qu’on ne l’a pas appris. Le logo à voir.
- Bloc-marque : l’association organisée du logotype et du symbole, éventuellement accompagnée d’autres éléments fixes. Le logo à lire et à voir.
Cette grille sert surtout à une chose : vous permettre de demander exactement ce dont vous avez besoin, et de comprendre ce qu’on vous livre. Gardez simplement à l’esprit que les usages varient d’une agence et d’une charte à l’autre. Le réflexe utile n’est pas de corriger votre interlocuteur, c’est de vérifier que vous parlez bien du même objet.
Image mise en avant : photo de Onkar Mehta













