Quand on installe WordPress ou qu’on explore les fichiers de son hébergement via le gestionnaire de fichiers du cPanel ou un client FTP, on tombe inévitablement sur des chiffres comme 644, 755 ou 777. Ces valeurs désignent les permissions de fichiers, c’est-à-dire les règles qui définissent qui peut faire quoi sur chaque fichier ou dossier. Comprendre leur fonctionnement permet d’éviter des erreurs fréquentes et de reconnaître une configuration anormale.
Qu’est-ce qu’une permission de fichier ?
La plupart des serveurs web fonctionnent sous Linux. Sur ce système, chaque fichier et chaque dossier appartient à un utilisateur et est associé à un groupe. Pour contrôler les accès, Linux attribue à chaque élément un jeu de permissions qui précise ce que trois catégories de personnes peuvent faire.
Ces trois catégories sont :
- le propriétaire : l’utilisateur qui possède le fichier, généralement votre compte d’hébergement ;
- le groupe : un ensemble d’utilisateurs partageant certains droits, comme le serveur web ;
- les autres : tous les utilisateurs qui ne sont ni le propriétaire ni membres du groupe.
Pour chacune de ces catégories, trois actions sont possibles :
- lire : consulter le contenu du fichier ou lister le contenu d’un dossier ;
- écrire : modifier le fichier ou créer des éléments dans un dossier ;
- exécuter : lancer le fichier comme un programme, ou entrer dans un dossier.
C’est la combinaison de ces trois catégories et de ces trois actions qui produit les valeurs numériques que vous voyez dans votre gestionnaire de fichiers.
Comment lire une permission en trois chiffres ?
Chaque action a une valeur numérique fixe :
- lecture = 4
- écriture = 2
- exécution = 1
La notation octale
Pour obtenir la permission d’une catégorie, on additionne les valeurs des actions autorisées. C’est ce qu’on appelle la notation octale : chaque chiffre est compris entre 0 et 7, car c’est le maximum qu’on peut obtenir en additionnant 4 + 2 + 1.
| Valeur | Actions autorisées | Signification |
|---|---|---|
| 7 | 4 + 2 + 1 | Lire, écrire, exécuter |
| 6 | 4 + 2 | Lire et écrire |
| 5 | 4 + 1 | Lire et exécuter |
| 4 | 4 | Lire seulement |
| 0 | Aucune action | Aucun droit |
Une permission complète s’écrit avec trois chiffres, un par catégorie, dans l’ordre : propriétaire, groupe, autres.
Ainsi, 644 signifie :
- 6 : le propriétaire peut lire et écrire ;
- 4 : le groupe peut seulement lire ;
- 4 : les autres peuvent seulement lire.
Et 755 signifie :
- 7 : le propriétaire peut lire, écrire et exécuter ;
- 5 : le groupe peut lire et exécuter ;
- 5 : les autres peuvent lire et exécuter.
Quelle différence entre un fichier et un dossier ?
C’est un point qui prête souvent à confusion. Le bit d’exécution ne signifie pas la même chose selon qu’il s’applique à un fichier ou à un dossier.
Pour un fichier, l’exécution permet de lancer ce fichier comme un programme. Un fichier PHP n’a pas besoin de ce droit : c’est le serveur web qui l’interprète, pas le système d’exploitation directement comme un programme exécutable. Un fichier de configuration non plus.
Pour un dossier, le bit d’exécution signifie quelque chose de différent : il permet d’entrer dans ce dossier, c’est-à-dire d’accéder à son contenu. Sans ce droit, même si vous pouvez lister les fichiers qu’il contient, vous ne pouvez pas les ouvrir.
C’est pourquoi les dossiers sont généralement en 755 et les fichiers en 644. Les dossiers ont besoin du bit d’exécution pour être parcourus par le serveur web, tandis que les fichiers n’en ont pas besoin pour être lus ou interprétés.
Les permissions recommandées sur WordPress
WordPress suit des valeurs de référence bien établies. Ces valeurs sont les plus courantes sur WordPress, mais elles ne doivent pas être modifiées sans raison.
Fichiers : 644 Le propriétaire peut lire et modifier le fichier, le serveur web peut le lire. Personne d’autre ne peut l’écrire.
Dossiers : 755 Le propriétaire peut créer, modifier et supprimer des éléments dans le dossier. Le serveur web peut y accéder et le parcourir.
wp-config.php : 600 ou 640 Ce fichier contient les identifiants de la base de données et des clés de sécurité. Le restreindre à 600 le rend lisible et modifiable par le propriétaire uniquement. Certains hébergements nécessitent 640 pour que le serveur web puisse le lire. Vous trouverez plus d’informations sur ce fichier dans l’article wp-config.php : comprendre et bien configurer ce fichier essentiel de WordPress.
Le fichier .htaccess est généralement en 644 ; WordPress le lit et peut le modifier automatiquement selon la configuration de l’hébergement. Vous trouverez plus d’informations sur ce fichier dans l’article Qu’est-ce que le fichier .htaccess dans WordPress ?.
Pourquoi 777 est dangereux
La valeur 777 accorde tous les droits à tout le monde : propriétaire, groupe et autres peuvent lire, écrire et exécuter. Sur un hébergement mutualisé, cela signifie que d’autres processus sur le serveur pourraient modifier vos fichiers. Un fichier en 777 dans un dossier accessible depuis le web représente une surface d’attaque directe. Si vous voyez cette valeur sur votre installation WordPress, c’est une anomalie à corriger. L’article Sécurité web : ce que protège votre hébergeur et ce que vous devez protéger vous-même aborde ce type de risque plus en détail.
➔ Une valeur 777 doit être considérée comme une anomalie à corriger immédiatement.
Comment vérifier et modifier les permissions ?
Trois méthodes sont disponibles selon votre niveau de familiarité avec les outils d’hébergement.
Via le gestionnaire de fichiers du cPanel
C’est la méthode la plus accessible. Dans le cPanel d’o2switch, ouvrez le gestionnaire de fichiers, naviguez jusqu’au fichier ou dossier concerné, faites un clic droit, puis choisissez « Modifier les permissions ». Une fenêtre vous permet de cocher les droits ou de saisir directement la valeur numérique.
Via un client FTP
Avec FileZilla par exemple, faites un clic droit sur le fichier ou le dossier, puis sélectionnez « Droits d’accès au fichier ». Vous pouvez cocher les cases ou saisir la valeur souhaitée dans le champ numérique.
Via SSH avec la commande chmod
Pour les utilisateurs à l’aise avec le terminal, la commande chmod permet de modifier les permissions directement. Avant toute opération récursive, vérifiez bien que vous êtes à la racine du site.
Quelques exemples :
# Appliquer 644 à un fichier
chmod 644 wp-config.php
# Appliquer 755 à un dossier
chmod 755 wp-content/uploads
# Appliquer 644 à tous les fichiers d'un dossier de manière récursive
find /chemin/vers/wordpress -type f -exec chmod 644 {} \;
# Appliquer 755 à tous les dossiers de manière récursive
find /chemin/vers/wordpress -type d -exec chmod 755 {} \;La connexion SSH sur o2switch est présentée dans l’article Se connecter en SSH à son hébergement o2switch : le guide simple et complet.
À noter : sur un hébergement bien configuré, WordPress peut gérer lui-même ses permissions lors des mises à jour et de l’installation d’extensions. Une intervention manuelle n’est généralement nécessaire qu’après une migration ou pour corriger une anomalie.
Erreurs fréquentes liées aux permissions
Erreur 403 Forbidden : cette erreur survient quand le serveur ne peut pas accéder à un fichier ou à un dossier. La cause est souvent un dossier sans le bit d’exécution, ou un fichier dont les permissions sont trop restrictives. Vérifier les permissions en partant du dossier racine est généralement le bon réflexe.
Les mises à jour et les uploads échouent : si WordPress ne peut pas écrire dans ses propres dossiers, les mises à jour d’extensions s’arrêtent en cours de route et les médias ne s’uploadent pas. Le dossier wp-content/uploads doit être accessible en écriture par le serveur web. Une valeur 755 est suffisante sur la plupart des hébergements mutualisés.
La tentation du 777 : face à une erreur, mettre un fichier ou un dossier en 777 règle parfois le problème immédiatement. C’est pour cette raison que cette valeur se retrouve souvent sur des installations qui ont connu des difficultés. Mais c’est une fausse solution : elle masque le vrai problème et introduit une vulnérabilité. Mieux vaut identifier la cause réelle de l’erreur.
À retenir
Les permissions de fichiers suivent une logique simple une fois le principe assimilé : trois chiffres, trois catégories d’utilisateurs, trois actions possibles. Sur un hébergement WordPress, les valeurs à retenir sont 644 pour les fichiers, 755 pour les dossiers, et 600 pour wp-config.php. Ces réglages sont généralement appliqués par défaut lors d’une installation correcte. L’essentiel est de savoir les lire, de reconnaître une valeur anormale comme 777, et de savoir où intervenir si nécessaire.













