L’accessibilité, c’est un sujet qui me tient vraiment à coeur. J’ai abordé ce thème, plusieurs fois sur ce blog. Je pense que l’accessibilité web est un sujet essentiel lorsqu’on conçoit un site web, même si une seule personne en situation de handicap visite un site. Un site web n’est pas seulement une vitrine ou un outil de communication. C’est aussi un espace dans lequel des personnes très différentes doivent pouvoir lire, comprendre, naviguer, acheter, remplir un formulaire, regarder une vidéo, contacter une entreprise ou accéder à un service. Pourtant, de nombreux sites sont encore difficiles, voire impossibles à utiliser pour certaines personnes en situation de handicap.
Quand on parle de handicap, on pense souvent à des situations visibles : une personne aveugle, une personne sourde ou une personne qui se déplace en fauteuil roulant. Mais sur le web, les difficultés peuvent être beaucoup plus variées. Elles peuvent concerner la vision, l’audition, la motricité, la compréhension, la concentration, la mémoire ou encore la parole. Elles peuvent être permanentes, temporaires ou liées à une situation précise. Une personne qui a le bras cassé, une personne âgée, une personne dyslexique ou quelqu’un qui consulte un site en plein soleil peut rencontrer des problèmes similaires à ceux d’une personne en situation de handicap.
C’est pour cette raison que l’accessibilité web ne doit pas être considérée comme une option ou une contrainte supplémentaire. Elle fait partie d’une bonne conception web. Un site accessible est souvent plus clair, mieux structuré, plus simple à utiliser et plus agréable pour tout le monde.
Je vous propose aujourd’hui, une vue d’ensemble sur les différents types de handicaps que l’on peut rencontrer.
Rappel : comprendre ce qu’est l’accessibilité web
L’accessibilité web consiste à concevoir des sites et des services numériques utilisables par le plus grand nombre, y compris par les personnes en situation de handicap. Cela ne concerne pas uniquement le design visuel. L’accessibilité touche aussi la manière dont le site est codé, la façon dont les contenus sont rédigés, la structure des pages, les formulaires, les images, les vidéos, les menus, les boutons et les interactions.
Un site accessible doit pouvoir être utilisé avec une souris, mais aussi juste avec un clavier. Il doit être compréhensible par une personne qui utilise un lecteur d’écran. Il doit rester lisible lorsque on agrandit le texte. Il doit proposer des alternatives aux contenus sonores ou visuels. Il doit également éviter de créer de la confusion chez les personnes qui ont des troubles cognitifs ou des difficultés de concentration.
L’accessibilité web repose donc sur une idée simple : l’utilisateur ne doit pas être bloqué parce que le site a été conçu uniquement pour une personne qui voit bien, entend bien, utilise facilement une souris et comprend rapidement toutes les informations affichées à l’écran.
Les handicaps visuels : quand voir le site devient difficile
Les handicaps visuels regroupent plusieurs situations. Certaines personnes sont aveugles et utilisent un lecteur d’écran pour parcourir les pages web. D’autres sont malvoyantes et ont besoin d’agrandir les textes, d’augmenter les contrastes ou de modifier l’affichage. Certaines personnes sont daltoniennes et ne distinguent pas correctement certaines couleurs. D’autres encore souffrent de fatigue visuelle ou de sensibilité à la lumière.
Sur un site web, les obstacles sont nombreux. Un texte gris clair sur fond blanc ou blanc sur fond jaune est difficile à lire. Une police trop petite peut fatiguer rapidement. Un bouton qui n’est identifiable que par sa couleur peut poser problème à une personne daltonienne. Une image contenant une information importante devient inutile si elle n’a pas de texte alternatif. Un formulaire mal structuré peut être incompréhensible pour une personne qui utilise un lecteur d’écran.
Pour améliorer l’accessibilité web dans ces situations, il faut privilégier des contrastes suffisants, des tailles de texte confortables, une hiérarchie claire des titres et des contenus bien structurés. Les images importantes doivent avoir une alternative textuelle pertinente. Les liens et les boutons doivent être explicites. Par exemple, il vaut mieux écrire « Télécharger le guide d’installation WordPress » que simplement « Cliquez ici ».
Il faut aussi éviter de transmettre une information uniquement par la couleur. Par exemple, dans un formulaire, indiquer une erreur seulement en rouge n’est pas suffisant. Il faut ajouter un message clair, comme « Le champ email est obligatoire » ou « L’adresse email saisie n’est pas valide ». De cette manière, l’information reste compréhensible pour tout le monde.
Les handicaps auditifs : quand le son ne suffit pas
Les personnes sourdes ou malentendantes rencontrent d’autres types de difficultés sur un site web. Le problème apparaît surtout lorsque l’information est transmise uniquement par le son. Une vidéo sans sous-titres, un podcast sans transcription ou une alerte sonore sans équivalent visuel peuvent exclure une partie des gens.
Pour un site accessible, les vidéos doivent proposer des sous-titres. Les contenus audio doivent, quand c’est pertinent, être accompagnés d’une transcription écrite. Cela permet à une personne sourde ou malentendante d’accéder au même contenu.
L’accessibilité web implique aussi de ne pas imposer le téléphone comme seul moyen de contact. Certaines personnes ne peuvent pas téléphoner facilement ou préfèrent utiliser l’écrit. Proposer un formulaire de contact, une adresse email ou un chat écrit peut rendre le service beaucoup plus accessible.
Il faut donc éviter les parcours où on est obligé d’écouter une information, de regarder une vidéo sans sous-titres ou d’appeler pour obtenir une réponse. Le son peut enrichir une expérience, mais il ne doit jamais être le seul moyen d’accéder à une information importante.
J’en profite ici pour dire qu’une personne sourde n’est pas forcément muette.
Les handicaps moteurs : quand utiliser la souris devient compliqué
Les handicaps moteurs peuvent concerner des personnes qui ont des tremblements, une paralysie, une perte de précision dans les gestes, des douleurs chroniques ou des difficultés à utiliser une souris. Certaines personnes naviguent uniquement au clavier. D’autres utilisent une commande vocale, un contacteur ou un dispositif adapté.
Sur un site web, les obstacles sont fréquents. Un menu qui s’ouvre uniquement au survol de la souris peut devenir inutilisable. Des boutons trop petits peuvent être difficiles à cliquer. Un élément qui disparaît trop vite peut empêcher l’utilisateur d’agir. Les interactions qui demandent de glisser-déposer un élément avec précision peuvent également poser problème.
Pour améliorer l’accessibilité web, un site doit être entièrement navigable au clavier. Cela signifie que l’utilisateur doit pouvoir passer d’un élément à l’autre avec la touche Tabulation, activer les boutons, ouvrir les menus et remplir les formulaires sans souris. Le focus clavier doit être visible, c’est-à-dire que l’utilisateur doit toujours savoir où il se trouve sur la page.
Il faut également prévoir des zones cliquables suffisamment grandes. Un bouton minuscule ou un lien coincé dans un texte dense peut être difficile à utiliser.
Les handicaps cognitifs et les troubles de l’apprentissage
Les handicaps cognitifs, les troubles de l’apprentissage et certains troubles neurologiques peuvent rendre la navigation web difficile. Cela peut concerner des personnes dyslexiques, des personnes ayant des troubles de l’attention, des troubles de la mémoire, des difficultés de compréhension, des troubles du spectre de l’autisme ou une fatigue cognitive importante.
Dans ce cas, les obstacles ne viennent pas forcément de la technique, mais de la complexité de l’interface ou du contenu. Des phrases trop longues, du jargon, des pages surchargées, une navigation incohérente ou des messages d’erreur incompréhensibles. Ceci peut décourager les personnes.
Il vaut mieux donc privilégier des contenus clairs, organisés et prévisibles. Les titres doivent annoncer clairement le sujet de chaque partie. Les paragraphes doivent rester lisibles. Les phrases doivent être simples, sans être simplistes. Les consignes doivent expliquer précisément ce que l’utilisateur doit faire.
Il est aussi important de garder une navigation stable. Si le menu change complètement d’une page à l’autre, l’utilisateur peut se perdre. Si un bouton a un intitulé différent pour la même action, cela peut créer de la confusion. La cohérence est une grande alliée de l’accessibilité.
Il faut éviter les animations inutiles, les pop-ups agressives, les carrousels automatiques, les changements brusques de contenu ou les pages trop chargées. Ces éléments peuvent perturber la concentration et rendre le site plus difficile à comprendre.
Les troubles de la parole : quand parler n’est pas une option
On oublie souvent les personnes qui ont des troubles de la parole. Certaines personnes ne peuvent pas parler, parlent difficilement ou utilisent des outils de communication alternative. D’autres peuvent être très mal à l’aise avec les appels téléphoniques, notamment en raison d’un trouble de l’élocution, d’une aphasie ou d’une anxiété importante.
Si un site impose l’appel téléphonique, cela crée donc une barrière. Si la seule façon de prendre rendez-vous, de demander une information ou de résoudre un problème consiste à appeler, certaines personnes seront exclues du service.
Il est donc préférable de proposer plusieurs moyens de contact, comme : un formulaire accessible, une adresse email, un espace client, une messagerie ou un chat. Il ne s’agit pas forcément de supprimer le téléphone, mais de ne pas en faire le seul canal possible.
Un site inclusif doit permettre à l’utilisateur de choisir le moyen de communication le plus adapté à sa situation.
Les handicaps temporaires, invisibles ou situationnels
L’accessibilité ne concerne pas uniquement les handicaps permanents. Une personne peut avoir une main blessée, une migraine, une forte fatigue, une baisse temporaire de la vision ou une difficulté à se concentrer. Une personne peut aussi consulter un site dans un environnement bruyant, dans les transports, avec une mauvaise connexion ou sur un petit écran.
Ces situations montrent que l’accessibilité web profite bien au-delà des personnes officiellement reconnues comme handicapées. Les sous-titres d’une vidéo aident aussi quelqu’un qui regarde sans le son. Les bons contrastes aident aussi une personne qui consulte son téléphone dehors. Une navigation simple aide aussi un utilisateur pressé.
C’est l’un des grands intérêts de l’accessibilité : elle améliore l’expérience utilisateur globale.
Ce qu’il faut privilégier lors de la conception d’un site
Il est préférable de de penser un site accessible dès le départ. Il faut commencer par une structure claire, avec des pages organisées, des titres hiérarchisés et une navigation logique. Le design doit prévoir des contrastes suffisants, des textes lisibles et des boutons visibles. Le développement doit respecter une structure HTML correcte, afin que les technologies d’assistance puissent comprendre la page.
Les contenus doivent être rédigés avec soin. Un texte accessible n’est pas un texte pauvre. C’est un texte clair, bien organisé et utile. Les images doivent être accompagnées d’alternatives textuelles lorsqu’elles transmettent une information. Les vidéos doivent proposer des sous-titres si elles contiennent de la parole. Les formulaires doivent avoir des libellés explicites et des messages d’erreur compréhensibles.
Il faut aussi tester le site autrement qu’avec une souris et un grand écran. Naviguer au clavier, agrandir la page, désactiver le son, vérifier les contrastes ou utiliser un lecteur d’écran permet de repérer de nombreux problèmes.
Ce qu’il faut éviter sur un site web
Certaines erreurs reviennent très souvent. Il faut éviter les textes trop petits, les contrastes trop faibles, les images sans alternative, les menus impossibles à utiliser au clavier, les boutons sans intitulé clair, les vidéos sans sous-titres, les formulaires mal expliqués et les messages d’erreur vagues.
Il faut aussi se méfier des effets visuels excessifs. Les animations automatiques, les carrousels incontrôlables, les pop-ups qui couvrent le contenu ou les éléments qui bougent sans arrêt. Ceci peut rendre un site fatigant, voire inutilisable pour certaines personnes.
L’accessibilité web demande de penser au confort, à la clarté et à la liberté d’usage. Un site ne doit pas imposer une seule manière de naviguer, de comprendre ou de contacter l’entreprise.
L’accessibilité doit être intégrée dès le début du projet
Corriger l’accessibilité à la fin d’un projet est souvent plus compliqué et plus coûteux que de l’intégrer dès le départ. Si les couleurs choisies n’offrent pas assez de contraste, si les composants ne sont pas accessibles ou si les formulaires sont mal conçus, il faudra reprendre une partie du travail.
L’idéal est donc de penser à l’accessibilité web dès la phase de conception. Cela concerne les maquettes, l’arborescence, les contenus, le développement, les tests. L’accessibilité n’est pas une tâche isolée. C’est une démarche qui accompagne tout le cycle de vie du site.
L’accessibilité web n’est donc pas seulement une question technique ou réglementaire. C’est une question d’usage, de respect et de qualité. Un site accessible permet à plus de personnes d’accéder à l’information, de comprendre les contenus et d’utiliser les services proposés.
On améliore aussi l’expérience de tout le monde, car un site clair, lisible, bien structuré et facile à utiliser profite à chaque internaute.
Concevoir un site accessible, ce n’est donc pas faire un site différent pour une minorité. C’est faire un meilleur site pour tout le monde.
Crédit image à le Une : Anna Shvets














merci pour cet article, je teste de temps à autre avec https://wave.webaim.org/ qui sans être exhaustif permet de pointer les difficultés et de repérer les erreurs à rectifier, il suffit souvent de peu de choses mais ça compte beaucoup !
Bonjour Vincent,
Merci pour votre commentaire.
Wave est effectivement un très bon outil. Je l’utilise également, comme extension de mon navigateur web.
A bientôt.