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Pixel de suivi dans les e‑mails : faut-il demander le consentement ?

30 septembre 2026

Depuis le prin­temps 2026, vous avez peut-être reçu des mes­sages qui vous annon­çaient qu’une image invi­sible mesure l’ou­ver­ture de vos cour­riels, et qui vous pro­po­saient de la refu­ser. Leurs expé­di­teurs appli­quaient une recom­man­da­tion de la CNIL, publiée au Jour­nal offi­ciel le 14 avril 2026. Cet article vous explique le méca­nisme du pixel de sui­vi, puis vous guide dans l’ap­pli­ca­tion de cette recom­man­da­tion si vous envoyez vous-même une lettre d’information.

La réponse n’est pas la même pour tout le monde. Elle dépend de l’u­sage réel­le­ment fait du pixel et de la nature du mes­sage envoyé.

Nous ne sommes ni juristes ni délé­gués à la pro­tec­tion des don­nées. Cet article n’a donc pas d’autre ambi­tion que de res­ti­tuer au mieux la posi­tion de la CNIL, dont il cite les textes. L’exa­men d’une situa­tion par­ti­cu­lière relève d’un pro­fes­sion­nel du droit.

Une enveloppe ouverte laisse s'échapper un point lumineux relié à un serveur distant.
Der­rière chaque taux d’ou­ver­ture, une image invi­sible et une requête réseau.

Qu’est-ce qu’un pixel de suivi dans un e‑mail ?

Un pixel de sui­vi est une image dis­tante, le plus sou­vent invi­sible et de très petite taille, insé­rée dans le corps d’un e‑mail. Elle n’est pas conte­nue dans le mes­sage : elle est héber­gée sur un ser­veur, et son affi­chage oblige le logi­ciel de mes­sa­ge­rie à aller la cher­cher sur le réseau.

L’a­dresse de cette image com­porte géné­ra­le­ment un iden­ti­fiant propre au des­ti­na­taire. La requête per­met donc de savoir qu’un mes­sage pré­cis a été ouvert par une per­sonne pré­cise. Selon l’ou­til, elle peut aus­si trans­mettre la date et l’heure de l’ou­ver­ture, l’a­dresse IP ou des infor­ma­tions sur le ter­mi­nal utilisé.

En trois étapes : le destinataire ouvre le message, son logiciel va chercher l'image sur le réseau à une adresse portant un identifiant personnel, le serveur enregistre l'ouverture.
L’af­fi­chage du pixel déclenche une requête vers le ser­veur qui l’hé­berge : c’est cette opé­ra­tion que l’ar­ticle 82 encadre.

C’est ain­si que les outils d’e-mai­ling cal­culent un taux d’ou­ver­ture. Ces don­nées servent ensuite à com­pa­rer des cam­pagnes, repé­rer les abon­nés inac­tifs, ajus­ter la fré­quence des envois ou per­son­na­li­ser les pro­chains messages.

La mesure reste impar­faite. Cer­tains logi­ciels bloquent le char­ge­ment des images, tan­dis que d’autres les télé­chargent auto­ma­ti­que­ment ou les mettent en cache. Une ouver­ture enre­gis­trée ne prouve donc pas que le mes­sage a été lu, et une absence d’ou­ver­ture ne prouve pas qu’il ne l’a pas été.

Pourquoi la CNIL traite-t-elle ce pixel comme un traceur ?

Dans sa recom­man­da­tion du 12 mars 2026, la CNIL explique que lors­qu’un pixel (une toute petite image invi­sible) est insé­ré dans une page web ou un e‑mail, il donne l’ordre à l’ap­pa­reil de la per­sonne (ordi­na­teur, télé­phone, tablette) d’en­voyer auto­ma­ti­que­ment des infor­ma­tions au ser­veur qui stocke cette image.

En pra­tique, cela signi­fie que le pixel déclenche une lec­ture ou une écri­ture sur l’ap­pa­reil de l’u­ti­li­sa­teur, sans que celui-ci en ait for­cé­ment conscience et sans qu’il ait rien à faire. C’est pour cette rai­son que la CNIL le classe comme un tra­ceur sou­mis aux règles de pro­tec­tion des don­nées. Son uti­li­sa­tion relève donc de l’ar­ticle 82 de la loi Infor­ma­tique et Liber­tés, le même texte qui encadre les cookies. La posi­tion n’est pas propre à la France : elle reprend les lignes direc­trices 2/2023 du Comi­té euro­péen de la pro­tec­tion des données.

Le champ d’ap­pli­ca­tion est large. La recom­man­da­tion vise tout recours à des tra­ceurs dans les cour­riels, quel que soit le contexte de l’en­voi et quelle que soit la qua­li­té du des­ti­na­taire : client, pros­pect ou sala­rié. Une lettre interne adres­sée aux col­la­bo­ra­teurs sur leur adresse pro­fes­sion­nelle entre donc elle aus­si dans le champ de la recom­man­da­tion. La néces­si­té de recueillir un consen­te­ment dépend ensuite de la fina­li­té du pixel et du contexte de son uti­li­sa­tion. La recom­man­da­tion pré­cise tou­te­fois que cer­taines mes­sa­ge­ries cap­tives, comme les mes­sa­ge­ries sécu­ri­sées pro­po­sées par les banques, reposent sur d’autres pro­to­coles et n’entrent pas dans son champ.

L’ex­pé­di­teur reste res­pon­sable de ce trai­te­ment, y com­pris lorsque le pixel est ajou­té par son pres­ta­taire. Choi­sir Mail­Poet, Bre­vo, Mail­chimp ou un autre ser­vice ne déplace donc pas la res­pon­sa­bi­li­té vers l’é­di­teur de l’ou­til. Le pres­ta­taire agit en prin­cipe comme sous-trai­tant, pour votre compte et selon vos ins­truc­tions. S’il exploite aus­si ces don­nées pour ses propres fina­li­tés, par exemple pour amé­lio­rer la per­ti­nence de ses listes ou son ser­vice, une res­pon­sa­bi­li­té conjointe peut être rete­nue, au sens de l’ar­ticle 26 du RGPD : c’est un point à cher­cher dans ses condi­tions contractuelles.

Arbre de décision simplifié pour une lettre d'information suivie à des fins de délivrabilité. Question 1 : le destinataire a-t-il demandé ce message, ou consenti à le recevoir ? Question 2 : le suivi sert-il seulement à gérer la délivrabilité ? Question 3 : ne conservez-vous, en principe, que la date de la dernière ouverture, sans l'heure ? Si les trois réponses sont oui, vous pouvez en principe mesurer sans accord, en signalant le pixel dans votre politique de confidentialité. Dans les autres cas, une analyse complémentaire est nécessaire.
Trois ques­tions pour situer le cas géné­ral d’une lettre d’in­for­ma­tion sui­vie à des fins de déli­vra­bi­li­té. Les autres exemp­tions sont détaillées plus bas.

Quand le consentement est-il obligatoire ?

Le consen­te­ment est notam­ment requis pour les usages suivants.

➔ Mesu­rer et opti­mi­ser les per­for­mances de vos cam­pagnes : dès que les don­nées d’ou­ver­ture servent à per­son­na­li­ser le conte­nu des mes­sages, à ajus­ter la fré­quence d’en­voi ou à bas­cu­ler vers un autre canal, le consen­te­ment est requis. L’a­dap­ta­tion limi­tée aux des­ti­na­taires inac­tifs peut tou­te­fois rele­ver de l’exemp­tion de déli­vra­bi­li­té décrite plus bas.

➔ Pro­fi­ler vos contacts pour les tou­cher ailleurs : déduire des centres d’in­té­rêt de ce qui a été ouvert, puis s’en ser­vir pour cibler la per­sonne sur un site web ou une appli­ca­tion, relève de la même règle.

➔ Détec­ter et ana­ly­ser des sus­pi­cions de fraude : repé­rer des ouver­tures mas­sives ou auto­ma­ti­sées, par exemple des ins­crip­tions en série à un jeu concours, figure aus­si dans cette liste. Ce cas déroute, parce que la fina­li­té paraît défen­sive, mais la CNIL le range par­mi les usages sou­mis au consen­te­ment. Seules les mesures de sécu­ri­té cen­trées sur l’u­ti­li­sa­teur, décrites plus bas, échappent à cette règle.

Ce consen­te­ment doit être libre, spé­ci­fique, éclai­ré et uni­voque. Le des­ti­na­taire doit accom­plir une action posi­tive : cocher une case non pré­sé­lec­tion­née, cli­quer sur un bou­ton de confir­ma­tion. Le silence ne vaut pas accord.

Deux autorisations à ne pas confondre

Le régime du pixel est indé­pen­dant de celui qui auto­rise l’en­voi du mes­sage. Ce sont deux auto­ri­sa­tions dis­tinctes : l’une vous per­met d’en­voyer votre lettre d’in­for­ma­tion, l’autre d’en mesu­rer l’ou­ver­ture. Avoir la pre­mière auto­ri­sa­tion ne vous donne pas la seconde.

La recom­man­da­tion y consacre un point d’at­ten­tion expli­cite et cite les cas concer­nés : la confir­ma­tion de com­mande, la pros­pec­tion sur des pro­duits ou ser­vices simi­laires adres­sée à ses propres clients, la pros­pec­tion cari­ta­tive, ou encore la pros­pec­tion vers des pro­fes­sion­nels en rap­port avec leur acti­vi­té. Autant de mes­sages qui peuvent par­tir sans consen­te­ment préa­lable, et dont le pixel peut mal­gré tout en exi­ger un.

La CNIL admet une excep­tion : quand les fina­li­tés sont connexes, un consen­te­ment unique couvre l’en­voi et le pixel. Son exemple est une lettre d’in­for­ma­tion expres­sé­ment pré­sen­tée comme per­son­na­li­sée, où le pixel sert direc­te­ment à cette per­son­na­li­sa­tion ; un bou­ton « Je m’a­bonne » suf­fit alors, si l’in­for­ma­tion déli­vrée est claire. La contre­par­tie est lourde : les deux consen­te­ments deviennent indis­so­ciables, et qui refuse le pixel ne reçoit plus le mes­sage. À réser­ver aux cas où le lien entre les deux est réel.

Trois situations concrètes

➔ Un abon­né à votre lettre d’in­for­ma­tion : il a coché « je sou­haite rece­voir votre lettre d’in­for­ma­tion ». Cette case vous auto­rise à lui écrire, et elle fait de vos envois des mes­sages consen­tis, ce qui ouvre la porte à l’exemp­tion de déli­vra­bi­li­té, sous réserve des autres condi­tions détaillées au cha­pitre sui­vant. Elle ne vous auto­rise pas pour autant à enre­gis­trer ses ouver­tures cam­pagne par cam­pagne pour com­pa­rer vos per­for­mances : cette fina­li­té sup­pose un second accord, qu’une case por­tant sur le seul abon­ne­ment ne couvre pas.

➔ Une offre sur des pro­duits ana­logues adres­sée à vos clients : vous pou­vez l’en­voyer sans recueillir leur consen­te­ment préa­lable, sous réserve de res­pec­ter les condi­tions de cette excep­tion, pré­vue par l’ar­ticle L. 34 – 5 du code des postes et des com­mu­ni­ca­tions élec­tro­niques. Le pixel insé­ré dans ce mes­sage, lui, exige en prin­cipe le consen­te­ment, et pas seule­ment lors­qu’il sert à opti­mi­ser les cam­pagnes. La CNIL consi­dère en effet qu’un cour­riel envoyé sur ce seul fon­de­ment ne peut pas être regar­dé comme un ser­vice expli­ci­te­ment deman­dé par l’u­ti­li­sa­teur, ce qui ferme la porte à l’exemp­tion, y com­pris pour la seule déli­vra­bi­li­té. C’est le cas le plus sévère.

➔ Une confir­ma­tion de com­mande : ce mes­sage tran­sac­tion­nel obéit à une autre logique. Il est bien un ser­vice deman­dé, et le pixel qu’il contient peut béné­fi­cier de l’exemp­tion de déli­vra­bi­li­té, à condi­tion de res­pec­ter l’en­semble des condi­tions détaillées au cha­pitre sui­vant. En revanche, dès que ces mêmes ouver­tures ali­mentent une mesure de per­for­mance, le consen­te­ment rede­vient obligatoire.

Quand pouvez-vous vous passer du consentement ?

Deux situa­tions échappent au consentement.

1. Pour repérer les abonnés qui n’ouvrent plus

La CNIL recon­naît que gérer une liste de dif­fu­sion sup­pose presque tou­jours de dis­po­ser de sta­tis­tiques d’ou­ver­ture, pour repé­rer un pro­blème de déli­vra­bi­li­té, c’est-à-dire un défaut d’a­che­mi­ne­ment des mes­sages vers les boîtes de réception.

Elle s’ap­puie sur trois condi­tions, qui se cumulent. Si l’une manque, le consen­te­ment rede­vient nécessaire.

Condition 1. Le destinataire a demandé le message, ou a consenti à le recevoir

Tout tient à une ques­tion : ce mes­sage, le des­ti­na­taire l’a-t-il vou­lu ? Cette condi­tion ne se limite pas aux mes­sages tran­sac­tion­nels, et c’est ce qui la rend plus large qu’il n’y paraît.

Deux situa­tions valent oui. Le des­ti­na­taire a déclen­ché le mes­sage lui-même, en pas­sant com­mande ou en deman­dant la réini­tia­li­sa­tion de son mot de passe. Ou il s’est abon­né, en cochant la case d’ins­crip­tion à votre lettre d’information.

La CNIL range éga­le­ment dans ce champ les cour­riels de l’ad­mi­nis­tra­tion, lors­qu’ils sont adres­sés dans le cadre d’une acti­vi­té direc­te­ment liée à une mis­sion de ser­vice public. Elle vise en par­ti­cu­lier les démarches proac­tives qui pro­fitent à l’u­sa­ger, comme l’in­for­ma­tion sur un droit dont il peut bénéficier.

Condition 2. Le suivi reste limité à la délivrabilité

Cette condi­tion est plus souple qu’il n’y paraît. Face à une absence d’ou­ver­ture, la CNIL admet trois réac­tions : ces­ser les envois et reti­rer la per­sonne de la base, dimi­nuer la fré­quence pour limi­ter les sol­li­ci­ta­tions, ou bas­cu­ler vers un autre canal de contact lorsque les condi­tions légales de ce canal sont réunies.

Ce qui décide du régime, ce n’est pas le geste, c’est la don­née qui vous a per­mis de le déci­der : une adresse n’a rien ouvert depuis huit mois et vous ces­sez de lui écrire. Une seule date a suf­fi, vous res­tez dans l’exemp­tion. Une per­sonne ouvre une lettre sur deux et vous déci­dez de lui écrire deux fois moins sou­vent : il a fal­lu l’his­to­rique de ses ouver­tures, cam­pagne par cam­pagne, et vous pas­sez dans le régime du consen­te­ment. Dans les deux cas la fré­quence baisse, et pour­tant les deux ne se valent pas.

Sous les mêmes réserves, le pixel peut éga­le­ment contri­buer à démon­trer qu’une infor­ma­tion impo­sée par la loi a bien été trans­mise au destinataire.

Condition 3. En principe, vous n’enregistrez que la date de la dernière ouverture

C’est la plus exi­geante des trois. En prin­cipe, seule la date de la der­nière ouver­ture connue devrait être conser­vée, sans l’heure, mise à jour à chaque nou­velle ouver­ture avec sup­pres­sion de la pré­cé­dente. Conser­ver davan­tage reste pos­sible si vous docu­men­tez en quoi ces don­nées servent le même objectif.

Un piège annule l’exemp­tion sans que per­sonne s’en aper­çoive : la col­lecte de don­nées sup­plé­men­taires, comme l’a­dresse IP ou le user-agent, c’est-à-dire une infor­ma­tion tech­nique décri­vant le logi­ciel de mes­sa­ge­rie et par­fois le sys­tème uti­li­sé, fait sor­tir du cadre. La pos­si­bi­li­té de docu­men­ter une stricte néces­si­té existe, mais elle est très étroite pour ces deux don­nées pré­cises, que la CNIL cite jus­te­ment en exemple de col­lecte exces­sive. Les ano­ny­mi­ser ou les sup­pri­mer peu après ne suf­fit pas non plus à cor­ri­ger une col­lecte qui dépas­sait dès l’o­ri­gine ce qui était nécessaire.

Un his­to­rique indi­vi­duel indi­quant les cam­pagnes ouvertes par chaque des­ti­na­taire dépasse géné­ra­le­ment le péri­mètre de l’exemp­tion. En revanche, la CNIL pré­cise que les don­nées recueillies au moyen d’un pixel exemp­té peuvent être réuti­li­sées pour éta­blir un taux d’ou­ver­ture glo­bal, à condi­tion d’a­voir été préa­la­ble­ment et effec­ti­ve­ment ano­ny­mi­sées, par exemple par agré­ga­tion. Le trai­te­ment qui réa­lise cette ano­ny­mi­sa­tion reste sou­mis au RGPD.

Ano­ny­mi­ser ou agré­ger les don­nées dès la col­lecte ne suf­fit pas, à lui seul, à dis­pen­ser du consen­te­ment, car l’ar­ticle 82 s’ap­plique que les don­nées concer­nées soient per­son­nelles ou non. La col­lecte ini­tiale doit donc elle-même repo­ser sur un consen­te­ment valide ou rem­plir les condi­tions d’une exemp­tion. Lorsque l’ob­jec­tif de déli­vra­bi­li­té peut être atteint avec des mesures ano­nymes ou agré­gées, la CNIL invite tou­te­fois à pri­vi­lé­gier cette voie, au nom de la minimisation.

Le plus simple, pour savoir de quel côté vous êtes, est de regar­der le texte que vous devriez affi­cher. La CNIL pro­pose une for­mu­la­tion par fina­li­té, et leur com­pa­rai­son rend la fron­tière très concrète.

Ce que la CNIL pro­pose d’é­crire, selon votre cas

➔ Pour la déli­vra­bi­li­té : « [Votre orga­nisme] uti­lise des tra­ceurs (pixels de sui­vi) pour savoir si vous ouvrez les cour­riels et la date à laquelle vous le faites, afin d’é­ta­blir des sta­tis­tiques de dif­fu­sion et entre­prendre les actions (adap­ta­tion de la fré­quence ou arrêt des envois) néces­saires à la ges­tion des listes de diffusion. »

➔ Pour la mesure de per­for­mance : « [Votre orga­nisme] uti­lise des tra­ceurs (pixels de sui­vi) pour savoir si vous ouvrez les cour­riels, l’heure à laquelle vous le faites ain­si que des infor­ma­tions sur le ter­mi­nal que vous uti­li­sez, afin de per­son­na­li­ser le conte­nu des mes­sages, adap­ter la fré­quence d’en­voi ou le canal de com­mu­ni­ca­tion utilisé. »

La dif­fé­rence entre « la date » et « l’heure », ain­si que la col­lecte d’in­for­ma­tions sur le ter­mi­nal (l’ap­pa­reil qui vous a ser­vi à lire la lettre d’in­for­ma­tion), donne un indice très concret. La fron­tière dépend tou­te­fois à la fois des don­nées recueillies et de leur fina­li­té. Si le second texte décrit ce que fait votre outil, vous êtes dans le régime du consen­te­ment, quelle que soit l’in­ten­tion annon­cée au départ.

Même lorsque le consen­te­ment n’est pas requis, la CNIL recom­mande de signa­ler l’exis­tence de ces pixels, par exemple dans votre poli­tique de confi­den­tia­li­té. Quelques lignes suffisent.

Une men­tion pos­sible, dans le cas exempté

➔ « Nos mes­sages contiennent un pixel de sui­vi qui nous indique la date à laquelle vous les ouvrez. Nous l’u­ti­li­sons uni­que­ment pour espa­cer ou arrê­ter les envois aux per­sonnes qui ne les ouvrent plus. Vous pou­vez vous y oppo­ser à tout moment depuis le lien figu­rant en bas de chaque message. »

2. Pour sécuriser une connexion

Le second cas est étroit. Un pixel peut être exemp­té lors­qu’il sécu­rise une authen­ti­fi­ca­tion, par exemple pour véri­fier que l’e-mail conte­nant un code d’ac­cès est bien ouvert sur un ter­mi­nal connu de l’u­ti­li­sa­teur. La lutte contre la fraude en géné­ral ne béné­fi­cie pas de cette exemp­tion : seules les mesures cen­trées sur l’u­ti­li­sa­teur sont visées.

Cette exemp­tion a une consé­quence pra­tique. La CNIL consi­dère qu’un lien tra­çant unique, qui réserve l’ex­pres­sion d’un choix au seul titu­laire de l’a­dresse et évite les accès abu­sifs, par­ti­cipe à la sécu­ri­té du des­ti­na­taire et relève de la même logique. Grâce à cette inter­pré­ta­tion, le méca­nisme de recueil et de retrait du consen­te­ment devient pos­sible : le lien qui sert à deman­der l’ac­cord fonc­tionne sur le même prin­cipe que celui qui sert à le retirer.

Vos abonnés inscrits avant le 14 avril 2026

Pour les adresses déjà col­lec­tées quand la recom­man­da­tion a été publiée, la CNIL a lais­sé trois mois : les pixels pou­vaient conti­nuer à fonc­tion­ner, à condi­tion d’in­for­mer clai­re­ment les des­ti­na­taires et de leur per­mettre de s’y oppo­ser. Ce régime d’op­po­si­tion s’est refer­mé le 14 juillet 2026.

Trois repères : publication au Journal officiel le 14 avril 2026, fin en principe du délai de trois mois le 14 juillet 2026, publication des questions-réponses le 22 juillet 2026.
Les trois dates qui com­mandent la conduite à tenir aujourd’hui.

Depuis cette date, les règles de la recom­man­da­tion s’ap­pliquent plei­ne­ment, y com­pris à ces anciennes adresses. La CNIL l’a confir­mé dans sa foire aux ques­tions du 22 juillet 2026. Deux situa­tions en découlent, et c’est aujourd’­hui encore ce qui dépar­tage les listes.

Vous avez envoyé cette infor­ma­tion à temps. Vous pou­vez conti­nuer à vous fon­der sur l’ab­sence d’op­po­si­tion pour les envois sui­vants. Ce béné­fice tombe si vous devez recueillir un nou­veau consen­te­ment pour l’en­voi lui-même, par exemple parce que de nou­veaux par­te­naires entrent dans le dis­po­si­tif ou que les condi­tions de la pros­pec­tion évoluent.

Vous ne l’a­vez pas envoyée. Il faut recueillir le consen­te­ment là où il est néces­saire, et à défaut ces­ser d’u­ti­li­ser les pixels qui en dépendent. Concrè­te­ment, cela revient à cou­per le sui­vi pour vos abon­nés ins­crits avant le 14 avril 2026, puis à recueillir leur accord avant de le réac­ti­ver. La marche à suivre est décrite plus bas.

Anciennes et nouvelles adresses : quelle règle appliquer ?

Votre situa­tionLa règle à appliquer
Vous avez envoyé à vos abon­nés ins­crits avant le 14 avril 2026, et avant le 14 juillet, un e‑mail expli­quant le pixel avec un lien pour le refuserLe sui­vi peut se pour­suivre sur l’ab­sence d’op­po­si­tion, tant qu’au­cun nou­veau consen­te­ment à l’en­voi n’est nécessaire.
Vous n’a­vez envoyé aucun mes­sage de ce type à vos abon­nés ins­crits avant le 14 avril 2026Cou­pez le sui­vi pour les usages sou­mis au consen­te­ment, puis deman­dez leur accord par un e‑mail sans pixel avant de le réactiver.
Vous recueillez aujourd’­hui une nou­velle ins­crip­tion à votre lettre d’informationPro­po­sez le choix sur le for­mu­laire, avant le pre­mier envoi mesu­ré, si le pixel pour­suit une fina­li­té sou­mise au consentement.
Vous adres­sez à vos clients une offre sur des pro­duits ana­logues, sans consen­te­ment préa­lable à l’envoiRecueillez le consen­te­ment, ou envoyez sans pixel : ce mes­sage n’ouvre en prin­cipe droit à aucune exemp­tion, même pour la seule délivrabilité.
Vous ne mesu­rez les ouver­tures que pour ces­ser d’é­crire à ceux qui n’ouvrent plus, sur des mes­sages deman­dés ou consen­tis, et votre outil n’en­re­gistre que la dateAucun consen­te­ment à recueillir. Signa­lez tout de même le pixel dans votre poli­tique de confidentialité.

Recueillir le consentement

Sur le formulaire d’inscription

C’est la moda­li­té que la CNIL recom­mande en prio­ri­té, parce qu’elle lie expli­ci­te­ment l’a­dresse four­nie et l’u­sage ulté­rieur du pixel. Le for­mu­laire doit donc pro­po­ser un choix dis­tinct, par exemple au moyen d’une seconde case déco­chée par défaut sous la case d’abonnement.

Le libel­lé de cette seconde case

« J’ac­cepte que [votre orga­nisme] mesure l’ou­ver­ture de ses mes­sages afin d’en per­son­na­li­ser le conte­nu et d’a­dap­ter leur fré­quence d’envoi. »

Un formulaire d'inscription avec une case d'abonnement cochée et, en dessous, une seconde case décochée portant sur la mesure des ouvertures, suivie d'un lien vers l'information détaillée.
Deux cases dis­tinctes, la seconde déco­chée par défaut : la moda­li­té que la CNIL recom­mande en priorité.

Cette case courte ren­voie vers le texte détaillé de l’en­ca­dré « Ce que la CNIL pro­pose d’é­crire, selon votre cas », que la per­sonne doit pou­voir consul­ter avant de choi­sir. Cette infor­ma­tion doit notam­ment lui per­mettre d’i­den­ti­fier l’a­dresse élec­tro­nique concer­née et de com­prendre que les pixels fonc­tion­ne­ront sur tous les ter­mi­naux où elle consul­te­ra ses messages.

Reste à gar­der la preuve de ce choix. Ce qu’il faut pou­voir retrou­ver, per­sonne par per­sonne, c’est la date du choix rela­tif au pixel et la for­mu­la­tion qui était affi­chée à ce moment-là. Véri­fiez que vous pou­vez récu­pé­rer ces infor­ma­tions, dans votre outil comme chez votre pres­ta­taire si c’est lui qui col­lecte les adresses. Une clause contrac­tuelle ne suf­fit pas à prou­ver que le consen­te­ment a été vala­ble­ment recueilli pour votre compte : vous devez pou­voir le véri­fier, par exemple au moyen d’audits.

Si vous lan­cez votre lettre d’in­for­ma­tion, les ques­tions de fré­quence, de conte­nu et de déli­vra­bi­li­té se posent en même temps, et nous les détaillons dans notre article sur les bonnes pra­tiques pour lan­cer une news­let­ter.

Par un e‑mail aux contacts déjà inscrits

L’ordre des opé­ra­tions compte : cou­pez le pixel de sui­vi avant d’en­voyer votre mes­sage. Un e‑mail qui demande la per­mis­sion tout en mesu­rant son ouver­ture se contre­dit lui-même.

Le mes­sage contient un lien vers une page où la per­sonne exprime son choix. Le clic sur ce lien ne doit pas valoir consen­te­ment à lui seul : cer­tains logi­ciels de mes­sa­ge­rie pré-chargent auto­ma­ti­que­ment les liens conte­nus dans les mes­sages, ce qui enre­gis­tre­rait un accord que per­sonne n’a don­né. La page d’ar­ri­vée doit donc deman­der une action posi­tive, et per­mettre de refu­ser aus­si sim­ple­ment que d’accepter.

Si la per­sonne ne répond pas, son inac­ti­vi­té vaut refus. Elle conti­nue de rece­voir la lettre d’in­for­ma­tion, sans que ses ouver­tures soient mesu­rées. La CNIL recom­mande d’en­re­gis­trer ce choix pour ne plus la sol­li­ci­ter à chaque envoi, et consi­dère comme une bonne pra­tique de ne pas la relan­cer pen­dant six mois. Cette sol­li­ci­ta­tion ne doit par ailleurs jamais gêner la lec­ture des messages.

Dans le pied de page de chaque message

Le retrait doit être aus­si simple que l’ac­cep­ta­tion. La CNIL recom­mande de l’of­frir par un lien tra­çant en pied de chaque e‑mail.

La page d’ar­ri­vée ne doit impo­ser aucune étape inutile, et sur­tout pas de res­sai­sir son adresse : le lien iden­ti­fie déjà la per­sonne. Elle doit aus­si per­mettre de reti­rer son consen­te­ment à la mesure sans quit­ter la liste.

Le retrait doit enfin être effec­tif sur les mes­sages déjà envoyés : la réou­ver­ture d’un ancien e‑mail ne doit plus ali­men­ter les sta­tis­tiques. Les don­nées pré­cé­dem­ment col­lec­tées doivent éga­le­ment être sup­pri­mées si aucune autre base légale ne jus­ti­fie leur conservation.

Les liens de vos messages suivent-ils la même logique ?

Le pixel n’est pas le seul dis­po­si­tif concer­né. Pour mesu­rer les clics, les outils d’e-mai­ling rem­placent géné­ra­le­ment les liens du mes­sage par des adresses indi­vi­dua­li­sées qui passent par un ser­veur intermédiaire.

La recom­man­da­tion de la CNIL porte direc­te­ment sur les pixels, et non sur ces liens tra­çants. Sa foire aux ques­tions pré­cise tou­te­fois qu’ils impliquent eux aus­si des opé­ra­tions rele­vant de l’ar­ticle 82. Il faut donc exa­mi­ner leur fina­li­té : un lien stric­te­ment néces­saire à un ser­vice deman­dé, comme le retrait simple et sécu­ri­sé du consen­te­ment, peut être exemp­té. À défaut, le sui­vi des clics relève en prin­cipe du consen­te­ment, selon la même logique que le pixel.

Ce qui va changer dans vos statistiques

Si votre outil ne comp­ta­bi­lise plus que les ouver­tures des per­sonnes ayant consen­ti, le nombre d’ou­ver­tures mesu­rées va pro­ba­ble­ment dimi­nuer. L’é­vo­lu­tion du taux affi­ché dépen­dra tou­te­fois de son mode de cal­cul : il peut bais­ser, res­ter stable ou même aug­men­ter si les per­sonnes qui consentent sont les plus engagées.

Une varia­tion ne signale donc pas néces­sai­re­ment une panne ou une dégra­da­tion de la déli­vra­bi­li­té : le péri­mètre de la mesure a chan­gé. Elle ne per­met pas non plus, à elle seule, d’ex­clure un pro­blème tech­nique. Dans tous les cas, la com­pa­rai­son avec les cam­pagnes pré­cé­dentes perd son sens ; mieux vaut consi­dé­rer que la série sta­tis­tique repart à la date de la bascule.

Synthèse

  • Le pixel de sui­vi est un tra­ceur au sens de l’ar­ticle 82, et non une fonc­tion­na­li­té sta­tis­tique à lais­ser acti­vée par défaut.
  • Le régime du pixel est indé­pen­dant de celui de l’en­voi : on peut avoir le droit d’é­crire sans avoir celui de mesurer.
  • Le consen­te­ment est requis dès que les ouver­tures servent à opti­mi­ser vos cam­pagnes, à pro­fi­ler vos contacts ou à détec­ter des fraudes.
  • Une exemp­tion existe pour la ges­tion de la déli­vra­bi­li­té des mes­sages deman­dés ou consen­tis. Les opé­ra­tions doivent res­ter limi­tées au strict néces­saire et, en prin­cipe, à la seule date de la der­nière ouverture.
  • La période tran­si­toire s’est ache­vée le 14 juillet 2026 : pour les listes qui n’ont pas été infor­mées à temps, il faut recueillir le consen­te­ment ou ces­ser d’u­ti­li­ser le pixel.
  • Les liens tra­çants ne sont pas direc­te­ment cou­verts par la recom­man­da­tion, mais ils relèvent eux aus­si de l’ar­ticle 82 : cou­per le sui­vi des ouver­tures sans exa­mi­ner celui des clics laisse le tra­vail à moi­tié fait.

Le taux d’ou­ver­ture n’a jamais mesu­ré la lec­ture, seule­ment le char­ge­ment d’une image. Avant de tou­cher aux réglages de votre outil, posez-vous une ques­tion simple : à quoi vous sert ce chiffre ? Ces­ser d’é­crire à ceux qui n’ouvrent plus peut rele­ver de l’exemp­tion, si toutes ses condi­tions sont réunies. Exploi­ter indi­vi­duel­le­ment les ouver­tures pour per­son­na­li­ser ou opti­mi­ser vos cam­pagnes exige en revanche le consen­te­ment des des­ti­na­taires. Entre les deux, une sta­tis­tique glo­bale reste pos­sible si les don­nées ont été préa­la­ble­ment et effec­ti­ve­ment anonymisées.

Plan d’action

Six étapes suf­fisent, dans cet ordre.

  1. Regar­dez ce que votre outil enre­gistre, sur la fiche d’un contact, dans un export de ses don­nées, ou dans l’ac­cord de sous-trai­tance que l’é­di­teur est tenu de vous four­nir. Si l’un de ces écrans affiche l’heure d’ou­ver­ture, l’a­dresse IP ou le nom du logi­ciel de mes­sa­ge­rie, vous sor­tez en prin­cipe de l’exemp­tion, sauf néces­si­té stricte et documentée.
  2. Sinon, déci­dez de l’u­sage que vous vou­lez conser­ver. Repé­rer les abon­nés qui n’ouvrent plus, ou com­pa­rer vos cam­pagnes : les trois condi­tions de l’exemp­tion per­mettent de situer le cas.
  3. Si le consen­te­ment est néces­saire, cou­pez d’a­bord les sui­vis concer­nés, ouver­tures et, le cas échéant, clics. Cette étape vient avant toute demande, sans quoi le mes­sage qui sol­li­cite l’ac­cord mesure déjà.
  4. Deman­dez l’ac­cord. Sur le for­mu­laire pour les nou­velles ins­crip­tions, par un e‑mail sans pixel pour les contacts déjà pré­sents, avec une page de choix qui demande une action positive.
  5. Ajou­tez le lien de retrait en pied de chaque mes­sage, et la men­tion cor­res­pon­dante dans votre poli­tique de confidentialité.
  6. Notez la date de bas­cule. Vos sta­tis­tiques repartent de là, et la com­pa­rai­son avec les cam­pagnes pré­cé­dentes n’a plus de sens.

Deux capa­ci­tés condi­tionnent tout cela : pou­voir acti­ver ou désac­ti­ver le pixel contact par contact, et non seule­ment cam­pagne par cam­pagne, et ces­ser d’ex­ploi­ter les pixels des mes­sages déjà envoyés quand une per­sonne retire son accord. Si votre outil ne sait pas le faire, l’é­tape 3 devient la der­nière : vous cou­pez le sui­vi et vous en res­tez là.

Sources

Les liens ci-des­sus ren­voient aux textes de réfé­rence : ce sont eux qui font foi.

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