L’idée vous trotte dans la tête : écrire de temps en temps à vos clients, vos adhérents ou vos lecteurs, directement dans leur boîte de réception. Puis viennent les questions concrètes, et elles arrivent toutes en même temps : comment recueillir les adresses e‑mails, a‑t-on le droit d’écrire à ses contacts, faut-il un outil particulier, et que raconter tous les mois. Cet article reprend ces questions une par une, dans l’ordre où elles se posent, pour lancer une newsletter sur de bonnes bases.
Si vous êtes pressé, la feuille de route en fin d’article rassemble l’essentiel sous forme de points à cocher, dans l’ordre où les traiter.
Avant l’outil, la raison d’être
Avant de comparer des plateformes ou de dessiner une maquette, deux questions décident de tout le reste : pourquoi vous écrivez, et à qui. Tant qu’elles ne sont pas tranchées, le choix de l’outil et le rythme d’envoi ne reposent sur rien.
Un canal que vous maîtrisez davantage
Sur un réseau social, vous ne décidez ni de qui voit vos publications, ni de la durée de vie de votre compte, ni des règles qui s’appliqueront l’an prochain. Vous êtes locataire d’une audience. Une liste d’abonnés vous donne davantage de maîtrise : vous la constituez directement, pouvez l’exporter et ne dépendez pas d’un réseau social pour diffuser vos messages. Leur arrivée en boîte de réception reste soumise aux filtres des fournisseurs de messagerie, mais votre liste ne disparaît pas parce qu’une plateforme change ses règles, suspend votre compte ou ferme ses portes.
En contrepartie, une boîte de réception n’est pas un fil d’actualité : on y trie, on y range, on y supprime. Le lecteur qui vous a laissé son adresse vous a accordé quelque chose, et il peut le reprendre en un clic, en se désabonnant.
Formuler une promesse et un rythme
Avant de choisir un outil, répondez à quatre questions, par écrit, en quelques lignes : qui écrit, pour qui, sur quoi, et à quelle fréquence. Ce n’est pas un exercice de style. Ces quatre réponses forment la promesse que vous afficherez au moment de l’inscription, et cette promesse conditionne à la fois le taux d’inscription et le taux de désabonnement des mois suivants.
Une promesse floue du type « recevez nos actualités » n’engage personne et n’attire personne. Une promesse précise fonctionne beaucoup mieux : « une fois par mois, un point sur les nouveautés de la réglementation et un cas concret rencontré en atelier ». Le lecteur sait ce qu’il reçoit, à quelle cadence, et sur quel sujet. La promesse affichée à l’inscription est aussi votre meilleure protection : un abonné déçu se désabonne, un abonné surpris vous signale comme indésirable, et ces deux gestes n’ont pas du tout le même coût.
Construire sa liste : le consentement d’abord
Votre promesse est posée, votre rythme aussi. Reste à réunir les personnes qui recevront cette lettre. C’est l’étape la plus décisive de toutes, et la plus délicate : la manière dont une adresse e‑mail entre dans votre liste détermine la façon dont vos messages seront reçus, des mois plus tard.
Ce que le cadre légal impose
En France, le cadre dépend de la nature du message. Une newsletter qui promeut directement ou indirectement des produits, des services ou l’image d’une organisation relève de la prospection commerciale. Son envoi à des particuliers suppose, en principe, leur consentement préalable. Le principe est posé par l’article L34‑5 du code des postes et des communications électroniques et détaillé par la CNIL dans sa page de référence sur la prospection commerciale par courrier électronique.
Une sollicitation qui n’est pas de nature commerciale, par exemple une communication caritative, peut dans certains cas reposer sur l’intérêt légitime de l’organisme. Les destinataires doivent alors être informés de l’utilisation de leur adresse et pouvoir s’y opposer simplement. Dans le cadre d’une newsletter proposée à l’inscription, recueillir une demande explicite reste néanmoins la solution la plus claire pour tout le monde.
Quatre obligations pour une inscription valable
- Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et univoque, selon les termes du RGPD repris par la CNIL sur sa page consacrée au consentement. Il doit résulter d’une action positive et explicite. Sur un formulaire exclusivement consacré à la newsletter, la saisie de l’adresse suivie d’un clic sur un bouton d’inscription peut matérialiser cette demande. Lorsque l’inscription accompagne une commande, la création d’un compte ou une autre démarche, elle doit reposer sur un choix séparé, par exemple une case dédiée, laissée décochée. L’acceptation des conditions générales ne suffit pas.
- L’information doit être donnée au moment de la collecte, c’est-à-dire sous le formulaire et lisible sans avoir à cliquer. Une ou deux phrases suffisent : qui collecte l’adresse, pour quoi faire, et un lien vers votre politique de confidentialité pour le reste, à savoir la durée de conservation et la façon d’exercer ses droits. Par exemple : « Votre adresse e‑mail est utilisée par [votre structure] pour vous envoyer sa lettre d’information. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment. Plus de détails dans notre politique de confidentialité. » Ce qui ne convient pas : une mention noyée dans les conditions générales, ou visible seulement une fois l’inscription faite. C’est le prolongement direct des obligations décrites dans l’article du blog sur la mise en conformité RGPD d’un site web.
- Chaque message doit permettre de se désabonner par un moyen simple et gratuit, et identifier clairement son expéditeur. Un lien de désabonnement en bas de message, fonctionnel et immédiat, sans obligation de se connecter à un compte.
- Vous devez enfin être en mesure de prouver le consentement. La CNIL le rappelle explicitement : le responsable du traitement, c’est-à-dire vous, doit pouvoir démontrer à tout moment que la personne a bien consenti. Les plateformes d’e-mailing conservent généralement la date, l’heure et l’origine de chaque inscription. Conservez aussi le texte et les informations présentés au moment de la collecte. Lors d’un changement d’outil, il faut transférer ces éléments, mais également la liste des personnes désabonnées ou opposées aux envois, afin de ne pas les réinscrire par erreur.
L’exception pour vos clients existants
Vous pouvez solliciter vos clients au sujet de produits ou services analogues à ceux qu’ils vous ont déjà achetés, à condition de les informer de cette utilisation et de leur permettre de s’y opposer simplement et gratuitement, au moment de la collecte de leur adresse puis lors de chaque envoi. Cette exception vaut pour vos propres clients, et pour eux seuls.
Le cas des destinataires professionnels
Si vos destinataires sont des professionnels, leur écrire sans relation commerciale préalable reste possible, mais sur un autre fondement : l’intérêt légitime, un motif reconnu qui dispense de recueillir un consentement. Il suppose que l’objet de votre message soit en rapport avec le métier du destinataire, que celui-ci ait été informé de cet usage de son adresse, et qu’il puisse s’y opposer facilement. Les adresses génériques d’entreprise, du type contact@ ou info@, sont un cas à part : comme elles n’identifient aucune personne, elles ne comptent pas comme des données personnelles, et la CNIL indique qu’elles ne sont pas soumises à ces principes. Vous pouvez donc leur adresser une sollicitation professionnelle sans consentement préalable. Chaque message doit néanmoins identifier clairement son expéditeur et offrir un moyen simple de ne plus recevoir de sollicitations. Attention toutefois à la limite : une adresse nominative du type prenom.nom@entreprise.fr reste, elle, une donnée personnelle, et relève du cadre décrit plus haut.
Ce cadre couvre de la prospection professionnelle, pas une lettre d’actualité générale : dès que le sujet s’éloigne du métier du destinataire, il cesse de s’appliquer. Comme pour l’exception précédente, ces situations méritent d’être vérifiées au cas par cas auprès des pages officielles de la CNIL, cet article ne remplaçant pas un conseil juridique.
Opt-in simple ou double opt-in
Reste à traduire ces règles en pratique. L’opt-in simple, c’est l’inscription en une étape : l’internaute saisit son adresse e‑mail, il est abonné. Le double opt-in ajoute une confirmation : il reçoit un premier e‑mail contenant un lien, et n’est réellement inscrit qu’après avoir cliqué.
Le double opt-in fait mécaniquement baisser le nombre d’inscrits affiché, ce qui décourage souvent les débutants. Il apporte pourtant trois bénéfices qui comptent davantage. Il élimine les fautes de frappe, qui produisent des adresses inexistantes et donc des erreurs d’envoi. Il bloque les inscriptions robotisées et les inscriptions malveillantes faites avec l’adresse de quelqu’un d’autre. Il vous laisse enfin une trace horodatée de la confirmation, qui constitue un élément solide de la preuve exigée plus haut, à condition de conserver également les informations présentées lors de l’inscription. Une liste de 200 adresses confirmées vaut mieux qu’une liste de 600 adresses dont vous ignorez l’origine. Les adresses douteuses produisent deux choses : des erreurs d’envoi, quand l’adresse n’existe pas, et des signalements en indésirable, quand la personne ne se souvient pas de s’être inscrite. Les fournisseurs de messagerie tiennent compte de ces deux signaux pour décider du sort de vos envois suivants, et la sanction ne se limite pas aux mauvaises adresses : elle porte sur votre nom de domaine, donc elle touche aussi les abonnés qui vous ont réellement demandé de leur écrire.
La réputation d’expéditeur, en deux minutes
Chaque fournisseur de messagerie évalue la confiance qu’il accorde à votre nom de domaine, à l’adresse IP et à l’infrastructure qui expédient vos messages. L’authentification, l’historique des envois, les adresses inexistantes et les signalements en indésirable font notamment partie des signaux pris en compte.
Cette réputation participe à la décision de remettre le message dans la boîte de réception, de le classer parmi les indésirables ou de le refuser. Une part importante s’attache à votre nom de domaine : une mauvaise pratique répétée affecte alors l’ensemble de vos envois, newsletter comme correspondance courante.
➔ Pour le détail des conséquences et des correctifs, l’article consacré aux e‑mails qui arrivent en spam comporte une partie dédiée au cas des newsletters.
Votre formulaire d’inscription
Reste à savoir quoi demander sur ce formulaire, et la réponse est plus courte qu’on ne l’imagine : l’adresse e‑mail seule suffit dans la plupart des cas. Le RGPD pose un principe de minimisation des données, qui limite la collecte à ce qui est nécessaire au regard de la finalité poursuivie. Pour envoyer une lettre, l’adresse est nécessaire ; le reste doit être justifié. Un prénom se défend si vous personnalisez réellement vos messages, beaucoup moins si le champ ne sert jamais. Une raison sociale, un numéro de téléphone ou un code postal n’ont leur place que si vous en faites quelque chose de précis, par exemple des envois distincts par zone géographique.
Ce n’est pas qu’une question de conformité. Chaque champ supplémentaire est une occasion d’abandonner l’inscription, et une donnée de plus à protéger, à conserver et à supprimer le jour venu.
Dernier point, que le formulaire soit posé sur votre site ou hébergé par votre plateforme d’envoi : il attire les robots au même titre qu’un formulaire de contact, et les inscriptions automatisées polluent une liste très vite. Les protections sont les mêmes des deux côtés, et le sujet est traité en détail dans l’article consacré à la sécurisation des formulaires de contact.
D’où viennent vos adresses e‑mails, et ce que cela implique
Ce que vous avez le droit d’envoyer dépend de deux choses seulement : à quel type de destinataire correspond l’adresse e‑mail, et comment vous l’avez obtenue. Pour une adresse personnelle, le consentement préalable reste la règle lorsqu’il s’agit de prospection commerciale, sous réserve des exceptions présentées plus haut. Une liste de particuliers achetée ou louée ne peut être utilisée que si vous êtes en mesure de vérifier qu’un consentement valable a été recueilli pour la transmission des adresses et pour vos propres opérations de prospection. En pratique, une liste fournie sans preuve détaillée du consentement ne doit pas être utilisée.
Les adresses e‑mails récupérées sur le Web, dans des annuaires ou par extraction automatique posent le même problème de cadre, avec une difficulté supplémentaire : vous ignorez ce que vous ramassez. Ces sources peuvent contenir une forte proportion d’adresses obsolètes, mais aussi des adresses pièges : des adresses qui n’ont jamais appartenu à personne, déposées un peu partout sur le Web, parfois dans le code source des pages, dans le seul but de repérer ceux qui collectent automatiquement. Écrire à l’une d’elles renseigne sans ambiguïté les organismes de lutte contre le courrier indésirable sur la façon dont votre liste a été constituée. Votre carnet d’adresses professionnel n’est pas non plus une liste d’abonnés : avoir échangé un e‑mail avec quelqu’un ne signifie pas qu’il a demandé votre newsletter.
Le cas le plus fréquent, et le plus mal compris, reste celui des clients existants. Un client vous a communiqué son adresse e‑mail pour recevoir sa facture et le suivi de sa commande. Cela ne fait pas de lui un abonné à votre newsletter. Hors de l’exception sur les produits analogues évoquée plus haut, la bonne pratique consiste à lui proposer explicitement de s’inscrire, avec une case dédiée.
Un mot, pour finir, sur ce que l’on risque réellement à écrire à des adresses mal collectées, car le sujet mérite d’être décrit sans exagération. Un envoi isolé ne fait pas s’effondrer la réputation d’un nom de domaine, et il passe souvent sans conséquence visible. Ce qui abîme, c’est la répétition et le cumul : chaque signalement en indésirable et chaque adresse morte pèsent sur une note qui suit votre nom de domaine, pas l’envoi qui l’a fait baisser. Le jour où cette note devient mauvaise, ce sont vos abonnés légitimes qui cessent de recevoir vos messages, et la remonter prend beaucoup plus de temps que la faire descendre.
Choisir sa méthode d’envoi
Vous savez désormais ce que vous allez écrire, pour qui et à quel rythme. Vous savez aussi comment constituer votre liste et ce que vous avez le droit d’en faire. Reste la question la plus concrète, celle que l’on se pose spontanément en premier et qu’il valait mieux garder pour ce moment précis : comment envoyer vos messages ?
La réponse tient en deux temps : d’abord ce qu’il ne faut pas faire, envoyer depuis sa propre messagerie ; ensuite le choix qui reste ouvert, celui de l’endroit où vous rédigerez vos numéros.
Pourquoi votre messagerie habituelle ne suffit pas
Le réflexe naturel consiste à rester dans l’outil que l’on connaît déjà : Outlook, Thunderbird, Apple Mail, ou le webmail de son hébergement, en plaçant les trois cents destinataires en copie cachée. Techniquement, rien ne l’empêche. C’est précisément ce qui rend le piège efficace, car les ennuis arrivent après l’envoi, pour trois raisons qui se cumulent.
Il n’y a aucun lien de désabonnement, ce qui vous met en défaut vis-à-vis de vos obligations dès le premier envoi. Il n’y a aucun suivi : vous ne savez pas quels messages ont été délivrés, ni lesquels ont fait l’objet d’un signalement. Le format d’un message envoyé à des centaines de destinataires en copie cachée est typiquement celui d’un message non sollicité, et les filtres des grands fournisseurs de messagerie le traitent comme tel. S’y ajoute une limite matérielle : qu’il s’agisse de votre hébergement, de Microsoft 365 ou de Google Workspace, ces boîtes plafonnent le nombre d’envois quotidiens, parce qu’elles sont conçues pour de la correspondance et non pour de la diffusion.
Où rédiger, avec quoi envoyer
Le choix d’un outil mêle en réalité deux décisions bien différentes. L’expédition ne se discute pas : elle passe par un service d’envoi dédié, quoi que vous décidiez par ailleurs. La rédaction, en revanche, reste ouverte : vous pouvez composer vos numéros dans ce service, ou depuis votre site, selon l’origine de votre contenu.
Le plus simple est de tout faire dans la plateforme d’e-mailing. Vous y gérez les inscriptions, la confirmation, le désabonnement, la mise en forme et le suivi, et certaines proposent une offre gratuite suffisante pour démarrer. C’est le choix par défaut, et le plus facile à tenir dans la durée.
Rédiger depuis votre site prend son sens quand le contenu y existe déjà. Un site d’actualité, ou une association qui publie régulièrement, peut faire reprendre automatiquement ses derniers articles dans le numéro, ce qui évite de tout recopier à chaque envoi. Des extensions le permettent, sur WordPress comme sur d’autres systèmes : certaines confient ensuite l’envoi à un service externe, d’autres disposent du leur. Dans tous les cas, l’expédition passe par un service d’e-mailing, jamais par la fonction d’envoi native de votre site, qui n’est pas conçue pour traiter des centaines de messages à la suite.
Pour trancher, une question suffit : si vous écrivez chaque numéro à partir d’une page blanche, la plateforme se suffit à elle-même ; s’il reprend surtout ce que vous publiez déjà, rédiger depuis le site vous fera gagner du temps à chaque envoi.
Le choix entre les deux relève surtout du confort. Il n’y a pas de mauvaise réponse tant que le désabonnement fonctionne, que la preuve du consentement est conservée et que les envois sont correctement authentifiés.
Soigner votre identité d’expéditeur
Envoyez depuis une adresse à votre nom de domaine, du type lettre@votredomaine.fr, et non depuis une adresse gratuite chez un fournisseur grand public. L’adresse d’envoi et l’adresse de réponse sont deux réglages distincts, et il est courant qu’elles diffèrent : votre outil vous laisse indiquer une adresse de réponse à part. Ce qui compte, c’est qu’une réponse arrive quelque part où quelqu’un la lira, plutôt que dans une boîte que personne n’ouvre. Les réponses de vos lecteurs sont surtout utiles pour entretenir la relation et repérer les questions auxquelles votre prochain numéro pourrait répondre.
Reste la partie technique, la plus déterminante pour que vos messages arrivent : l’authentification de votre nom de domaine. Derrière les sigles SPF, DKIM et DMARC se cachent trois mécanismes complémentaires. SPF autorise des serveurs à envoyer des messages pour votre domaine. DKIM ajoute une signature vérifiable aux courriels. DMARC contrôle l’alignement entre ces authentifications et le domaine visible par le destinataire, puis indique la politique à appliquer en cas d’échec. Ces réglages se posent dans la zone DNS, c’est-à-dire le fichier de configuration de votre nom de domaine, chez celui qui le gère. Quand vous passez par une plateforme externe, celle-ci vous fournit généralement les valeurs SPF et DKIM à ajouter. La politique DMARC doit, elle, tenir compte de tous les services qui envoient des messages pour votre domaine. Pour comprendre ce que fait chacun de ces trois réglages, l’article dédié à SPF, DKIM et DMARC les détaille. Pour la manipulation elle-même, la documentation o2switch sur l’authentification SPF et DKIM montre l’opération pas à pas, avec une section consacrée au cas des services d’envoi tiers.
Écrire un numéro qui se lit vraiment
L’outil est choisi, les premières inscriptions arrivent. Vient le moment d’écrire, et le premier numéro donnera à vos abonnés une idée assez durable de ce qui les attend. Trois choses se jouent ici : ce que l’on voit avant même d’ouvrir, la façon dont le contenu est hiérarchisé, et ce que l’on trouve tout en bas du message.
L’objet et le pré-en-tête
Avant l’ouverture, votre lecteur voit trois choses : le nom de l’expéditeur, l’objet, et le pré-en-tête, cette courte ligne de texte affichée à la suite de l’objet dans la liste des messages. Le pré-en-tête est un champ souvent oublié, alors qu’il se remplit en quelques secondes : sans valeur renseignée, la messagerie affiche d’office les premiers mots de votre message, une formule d’ouverture ou un lien de lecture en ligne qui n’ont pas été écrits pour cet emplacement. Le renseigner vous rend la main : vous choisissez ce qui s’affiche, et vous prolongez l’objet au lieu de le répéter.

Écrivez un objet descriptif plutôt qu’intrigant. Les formulations à suspense obtiennent parfois une ouverture de plus, et un désabonnement en prime quand le contenu ne suit pas. Évitez les objets trompeurs, les majuscules intégrales et la ponctuation excessive : ils nuisent à la lisibilité et à la confiance. L’objet doit représenter fidèlement le contenu du message.
Hiérarchiser, plutôt que tout mettre au même niveau
Le nombre de sujets par numéro découle simplement de la promesse que vous avez faite : une lettre de fond tient très bien sur un seul sujet développé, une lettre d’actualité ou de boutique se prête davantage à une sélection.
Ce qui fait échouer un numéro n’est donc pas le nombre d’entrées, c’est leur mise à plat. Cinq blocs de taille identique, avec le même style de titre et le même bouton, obligent le lecteur à tout évaluer avant de choisir, et beaucoup s’arrêtent là. Accordez une vraie première position au sujet ou au produit qui compte le plus, avec davantage de place et une image si elle apporte quelque chose, puis faites décroître les suivants en taille et en détail. Quelqu’un qui ne lit que le haut du message doit tout de même repartir avec l’essentiel.
Côté mise en forme, restez sobre. Un message très graphique, entièrement composé d’images, s’affiche mal quand le destinataire bloque le chargement des images, ce que font par défaut plusieurs logiciels de messagerie. Votre message doit rester compréhensible images désactivées, ce qui suppose du vrai texte plutôt que du texte incrusté dans une image, et un texte alternatif renseigné sur chaque visuel, cette courte description qui s’affiche à la place de l’image et que lisent aussi les logiciels utilisés par les personnes aveugles ou malvoyantes.
Le pied de page, à traiter comme un service
Le pied de page porte votre identité d’expéditeur, un rappel de la raison pour laquelle la personne reçoit ce message, et le lien de désabonnement. Ne le cachez pas et ne le grisez pas.
Un désabonnement facile est une bonne nouvelle. L’alternative n’est pas un abonné qui reste, c’est un abonné qui vous signale comme indésirable : le premier geste retire une adresse de votre liste, le second dégrade votre réputation d’expéditeur auprès du fournisseur de messagerie concerné, pour tous vos destinataires chez lui.
Tenir dans la durée
Le premier numéro, presque tout le monde y arrive. Le douzième est une autre affaire. Tout l’enjeu de cette étape est donc d’évaluer honnêtement ce que vous pourrez tenir, et à quelle fréquence.
Choisir un rythme que vous pourrez soutenir
La question n’est pas de savoir quelle fréquence donne les meilleurs résultats, mais quelle fréquence vous tiendrez dans six mois, en période chargée. Une lettre mensuelle publiée douze fois par an vaut infiniment mieux qu’une lettre hebdomadaire abandonnée au bout de cinq numéros.
Deux écueils symétriques guettent. Trop d’envois fatiguent et font partir les abonnés. Lorsque les messages deviennent très espacés, certains destinataires finissent par ne plus reconnaître l’expéditeur et peuvent les signaler comme indésirables. Le bon rythme est celui que vous pouvez annoncer clairement et tenir dans la durée.
Prendre de l’avance et se donner un cadre
Deux habitudes simples suffisent à tenir le rythme. Tenir une liste courante de sujets, alimentée au fil de l’eau, pour ne jamais partir de la page blanche. Et rédiger les deux ou trois premiers numéros avant d’ouvrir les inscriptions, ce qui vous donne une avance de sécurité et vous permet de vérifier que le format annoncé est réellement tenable.
Réutilisez toujours le même gabarit. Le lecteur repère la structure, vous gagnez du temps, et vous limitez les erreurs de mise en forme.
Mesurer ce qui compte, ignorer le reste
Vos numéros partent, et votre outil d’envoi affiche des courbes et des pourcentages. Tous ne se valent pas, et l’un d’eux, le plus mis en avant, induit franchement en erreur. Voici ceux qu’il faut regarder, et celui dont il faut se méfier.
Les chiffres à regarder
Trois suffisent. Le taux de clic est généralement plus exploitable que le taux d’ouverture, même si certains outils de sécurité peuvent suivre automatiquement des liens pour les analyser. Le taux de désabonnement se lit numéro par numéro : un pic après un envoi précis vous dit que celui-là a manqué sa cible. Le taux de plaintes, c’est-à-dire les signalements en indésirable, doit rester proche de zéro. S’il grimpe, le problème peut venir de la collecte des adresses, du ciblage, de la fréquence ou du contenu.
Le taux d’ouverture, lui, est devenu peu fiable : il repose sur le chargement d’une image invisible que plusieurs applications de messagerie chargent désormais d’office, pour protéger la confidentialité de leurs utilisateurs. Des ouvertures sont donc comptées sans que personne n’ait rien lu. Suivez son évolution sur vos propres envois si vous le souhaitez, mais ne le comparez jamais à un repère trouvé en ligne.
Cette mesure repose généralement sur un pixel de suivi intégré au message. Depuis la recommandation publiée par la CNIL en avril 2026, son utilisation doit être examinée selon sa finalité. Un pixel destiné à personnaliser les communications, mesurer l’audience ou établir un profil nécessite en principe un consentement. Lorsqu’une newsletter a été explicitement demandée, un pixel utilisé uniquement pour en assurer la délivrabilité peut bénéficier d’une exemption, sous réserve de respecter les conditions prévues. Vérifiez donc les réglages de suivi proposés par votre outil et informez clairement les abonnés de leur utilisation. La CNIL détaille ces situations dans sa recommandation sur les pixels de suivi dans les courriers électroniques.
Nettoyer sa liste régulièrement
Une liste vit. Les adresses qui renvoient une erreur permanente, autrement dit celles qui n’existent plus, doivent être retirées, ce que les plateformes font automatiquement. Attention toutefois : une adresse abandonnée par son titulaire ne reste pas indéfiniment en erreur. Après une longue période de rejet, les fournisseurs de messagerie la remettent parfois discrètement en service, cette fois comme adresse piège, afin de repérer les expéditeurs qui n’entretiennent pas leur liste. Garder de vieilles adresses inactives « au cas où » n’est donc pas un geste neutre. Définissez une période d’inactivité adaptée à votre cadence réelle : elle ne sera pas la même pour une lettre hebdomadaire que pour une lettre trimestrielle. Les abonnés qui n’ont plus ouvert ni cliqué depuis cette période méritent une décision : un dernier message leur demandant s’ils souhaitent rester, puis un retrait de la liste en l’absence de réaction.
Se séparer d’abonnés inactifs paraît contre-intuitif, mais une liste plus courte et plus réactive est mieux acheminée qu’une liste longue et dormante, les fournisseurs de messagerie interprétant l’absence totale d’interaction comme un signal négatif.
Votre feuille de route
Voici l’article ramené à ce que vous avez à faire, dans l’ordre. Gardez cette liste sous les yeux pendant la mise en place et cochez au fur et à mesure : tant qu’une case du bloc précédent reste vide, il est trop tôt pour passer au suivant.
Avant d’ouvrir les inscriptions
- Écrire noir sur blanc qui écrit, pour qui, sur quoi, à quelle fréquence.
- Choisir un rythme tenable en période chargée, pas un rythme idéal.
- Rédiger deux ou trois numéros d’avance pour vérifier que le format tient.
Sur le formulaire d’inscription
- Afficher la promesse et la fréquence au moment de l’inscription.
- Ne demander que l’adresse e‑mail, et justifier chaque champ supplémentaire.
- Prévoir une action positive et explicite ; si l’inscription accompagne une autre démarche, utiliser une case dédiée et décochée par défaut.
- Rendre accessible l’information sur le traitement des données.
- Activer la confirmation par e‑mail, et conserver la trace ainsi que les informations présentées lors de chaque inscription.
- Conserver la liste des désabonnements et des oppositions lors d’un changement d’outil.
Côté envoi
- Passer par un outil d’e-mailing, jamais par votre messagerie personnelle.
- Utiliser une adresse à votre nom de domaine, qui accepte les réponses.
- Configurer SPF, DKIM et DMARC sur le domaine d’envoi.
Dans chaque numéro
- Renseigner l’objet et le pré-en-tête, sans laisser ce dernier vide.
- Hiérarchiser les entrées, avec une vraie première position.
- Vérifier que le message reste compréhensible images désactivées.
- Laisser le lien de désabonnement visible, et le tester pour de bon.
Une fois les premiers numéros partis
- Suivre les clics, les désabonnements et les signalements en indésirable.
- Se méfier du taux d’ouverture, vérifier les réglages des pixels de suivi et ne jamais le comparer à un repère extérieur.
- Retirer les adresses en erreur permanente, relancer puis retirer les inactifs.













