CGV, CGU : ces deux sigles reviennent sans cesse dès qu’on parle de conformité d’un site internet, et il n’est pas rare de les confondre l’un avec l’autre. Pourtant, ils n’encadrent pas la même chose, et ils ne répondent pas aux mêmes obligations. Voici ce que chacun doit contenir, en s’appuyant sur les textes de référence plutôt que sur des approximations.
CGV et CGU : deux documents à ne pas confondre
Les CGV, ou conditions générales de vente, encadrent la relation commerciale entre un vendeur et son client : elles s’appliquent au moment d’un achat ou d’une commande de prestation.
Les CGU, ou conditions générales d’utilisation, encadrent quant à elles l’usage d’un site ou d’un service en ligne : navigation, création d’un compte, publication de contenus, comportement attendu de l’utilisateur.
Un site vitrine simple, qui ne permet aucune commande et ne propose pas d’espace utilisateur, n’est généralement pas tenu de publier des CGV ou des CGU. Un site e‑commerce destiné aux particuliers doit en pratique présenter des CGV avant la commande. Un site avec un espace membre, un forum ou un service en ligne gagne à se doter de CGU, même sans y être obligé.
Les CGV sont-elles obligatoires sur votre site ?
L’obligation dépend du type de client auquel vous vendez.
Face à un particulier, le professionnel doit communiquer une information précontractuelle complète avant la conclusion du contrat, en application des articles L111‑1 et suivants du Code de la consommation. Cette communication n’impose pas nécessairement de publier des CGV en tant que telles sur le site, mais l’ensemble des informations qu’elles contiennent doit être porté clairement à la connaissance de l’acheteur avant l’achat.
Face à un autre professionnel, les CGV n’ont pas à être communiquées spontanément : elles doivent seulement être transmises sur demande, comme le précise la fiche de Service Public Entreprendre consacrée aux CGV.
➔ Le refus de communiquer ses CGV à un acheteur professionnel qui en fait la demande peut être sanctionné par une amende administrative allant jusqu’à 15 000 euros pour une personne physique et 75 000 euros pour une société, en application de l’article L441‑1 du Code de commerce.
Ce que doivent contenir des CGV conformes
Pour une vente à un particulier, les informations à fournir varient selon la nature du produit, du service ou du contrat. Les CGV regroupent notamment les éléments suivants :
- l’identité du vendeur et les coordonnées permettant de le contacter rapidement ;
- les caractéristiques essentielles du produit ou du service ;
- le prix, les modalités de paiement, ainsi que les frais de livraison ou de retour éventuels ;
- les délais de livraison ou d’exécution de la prestation ;
- les garanties légales applicables selon la nature du contrat, notamment la garantie légale de conformité et la garantie des vices cachés ;
- le droit de rétractation lorsqu’il s’applique, avec ses conditions d’exercice, ses éventuelles exceptions et le formulaire type correspondant ;
- les modalités de traitement des réclamations ;
- la durée du contrat et les conditions de résiliation, pour un abonnement ;
- les coordonnées du médiateur de la consommation compétent.
D’autres mentions peuvent être nécessaires, notamment pour un abonnement, un contenu numérique, un service immédiatement exécuté ou un produit exclu du droit de rétractation. Lorsque ce droit s’applique, il s’exerce en général dans un délai de quatorze jours à compter de la réception du bien ou de la conclusion du contrat de service.
Lorsqu’elles s’adressent à des consommateurs français, ces informations doivent être présentées en français, de manière claire et compréhensible, sans renvoyer l’acheteur à des clauses difficiles à localiser.
Et pour des CGV entre professionnels ?
Le contenu attendu est différent lorsque l’acheteur est lui-même un professionnel. L’article L441‑1 du Code de commerce prévoit notamment que les CGV comprennent :
- les conditions de règlement ;
- le barème des prix unitaires ou les éléments permettant de déterminer le prix ;
- les éventuelles réductions de prix.
Elles peuvent également préciser les autres conditions d’exécution de la vente ou de la prestation : livraison, transfert des risques, garanties, responsabilité ou modalités de résiliation, selon l’activité concernée. Les conditions de règlement doivent notamment préciser les délais de paiement, les pénalités applicables en cas de retard et l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévue par l’article L441-10 du Code de commerce, dont le montant est fixé à 40 euros par l’article D441‑5. Les pénalités sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire, et l’indemnité forfaitaire est due de plein droit en cas de retard de paiement.
Les CGU, un document facultatif mais utile
Pour la plupart des sites, aucun texte n’impose de rédiger des CGU. Elles restent néanmoins vivement recommandées dès qu’un site propose davantage qu’une simple vitrine : espace client, forum, dépôt d’avis, service en ligne ou application. Certaines plateformes et certains services intermédiaires sont toutefois soumis à des obligations particulières.
Leur utilité est différente de celle des CGV : elles ne portent pas sur une transaction, mais sur les règles de fonctionnement du site lui-même. En cas de litige sur un compte utilisateur, un contenu publié par un visiteur ou une utilisation détournée du service, ce sont les CGU qui servent de référence.
Ce que doivent contenir des CGU solides
Des CGU bien rédigées précisent en général :
- les conditions d’accès au site ou au service ;
- les règles d’usage attendues de l’utilisateur ;
- le régime de propriété intellectuelle applicable au contenu du site ;
- les responsabilités respectives de l’éditeur et de l’utilisateur, dans les limites autorisées par la loi ;
- les règles applicables en cas de litige, sans priver l’utilisateur des protections légales dont il bénéficie ;
- les modalités de modification des CGU elles-mêmes.
Elles doivent rester facilement accessibles, par exemple depuis le pied de page. Lorsqu’elles encadrent la création d’un compte ou l’utilisation d’un service, il est également recommandé de recueillir l’acceptation explicite de l’utilisateur et de conserver la preuve de la version acceptée.
CGV, CGU et RGPD : ne pas tout mélanger
Ni les CGV ni les CGU ne dispensent d’informer les internautes sur le traitement de leurs données personnelles. Cette information prend généralement la forme d’une politique de confidentialité distincte, complétée par des mentions placées directement au niveau des formulaires.
Cette obligation découle des articles 13 et 14 du RGPD, qui imposent notamment de fournir des informations sur le traitement : identité du responsable, données concernées, finalités, base légale, destinataires, durée de conservation, éventuels transferts hors de l’Union européenne et modalités d’exercice des droits. La CNIL rattache cette obligation de transparence aux articles 12, 13 et 14 du RGPD, et demande une information concise, transparente, compréhensible et aisément accessible. Ce sujet est traité en détail dans notre article sur la mise en conformité RGPD d’un site web.
CGV et CGU sont également distinctes des mentions légales, qui identifient l’éditeur et l’hébergeur du site : le contenu à y faire figurer est détaillé dans notre article sur la page Mentions légales.
À retenir
Les CGV encadrent une vente. Lorsqu’un professionnel vend à un particulier, toutes les informations précontractuelles obligatoires doivent lui être communiquées avant la commande, généralement au moyen de CGV. Les CGU encadrent quant à elles l’usage d’un site. Elles restent facultatives pour la plupart des sites, mais sont recommandées dès qu’il existe un compte utilisateur ou un service en ligne. Dans les deux cas, ces documents doivent rester clairs et facilement accessibles. Aucun des deux documents ne dispense d’informer les internautes sur le traitement de leurs données personnelles, comme l’exige le RGPD.













