Un devis promet un site « conforme RGAA », un rapport d’audit renvoie à l’EN 301 549, et la documentation de WordPress s’engage à respecter les WCAG 2.2 au niveau AA. Ces sigles désignent tous des normes d’accessibilité web, mais ils ne viennent pas du même endroit et ne jouent pas le même rôle. Cet article remet chacun à sa place : qui l’écrit, ce qu’il contient et comment il s’appuie sur les autres.
Pourquoi un site accessible profite à tout le monde, et quelles personnes il concerne en premier lieu : nous l’expliquons dans notre article Pourquoi l’accessibilité web est-elle essentielle ?. Ici, nous nous concentrons sur les textes de référence.
Standard, norme, référentiel : trois mots pour trois rôles
Les textes dont il est question ici n’ont pas tous la même nature, et c’est ce qui explique qu’ils coexistent. Quatre notions suffisent à s’y retrouver :
- Un standard : un document technique rédigé par un organisme comme le W3C, le consortium qui définit les technologies du web (HTML, CSS). Les WCAG en sont un, que l’on présente souvent comme la norme internationale de l’accessibilité. Un standard décrit ce qu’est un contenu accessible, mais n’oblige personne par lui-même.
- Une norme harmonisée : en Europe, une norme publiée par les organismes européens de normalisation et référencée au Journal officiel de l’Union européenne. C’est vers elle que renvoie le droit : la respecter permet de présumer que l’on satisfait aux exigences d’accessibilité fixées par les directives.
- Un référentiel : un ensemble structuré de critères et, selon les cas, de méthodes de vérification permettant d’évaluer la conformité à des exigences définies.
- Un texte de loi : il désigne qui est tenu à une obligation, et à quelle norme se référer pour la respecter.
Dans le cas de l’accessibilité web, ces références s’articulent : les WCAG fournissent les critères, l’EN 301 549 les intègre dans un cadre européen plus large et le RGAA propose une méthode française de contrôle. Leurs versions n’évoluent cependant pas toujours au même rythme. La loi, de son côté, définit qui est soumis aux obligations.
Les WCAG, socle des normes d’accessibilité web
Les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines, en français « Règles pour l’accessibilité des contenus web ») sont publiées par le W3C, à travers sa Web Accessibility Initiative (WAI). C’est le texte que toutes les autres normes de cet article reprennent pour le web. Une traduction française agréée de la version 2.2 existe, réalisée par Access42 et publiée en mars 2025.
Quatre principes, des critères vérifiables
Les WCAG s’organisent en quatre principes : un contenu doit être perceptible, utilisable, compréhensible et robuste. Robuste signifie ici qu’il reste interprétable par une grande variété de navigateurs et de technologies d’assistance, comme les lecteurs d’écran qui lisent la page à voix haute.
Sous ces principes, 13 règles fixent des objectifs, et chaque règle se décline en critères de succès. Ce sont les critères de succès qui rendent les exigences vérifiables. Le critère 1.4.3, par exemple, demande un rapport de contraste d’au moins 4,5:1 entre le texte courant et son arrière-plan, abaissé à 3:1 pour les textes de grande taille. Les WCAG prévoient quelques exceptions, notamment pour les logotypes et les textes purement décoratifs. Il ne réclame pas « un bon contraste » : il donne un seuil que chacun peut mesurer. Comme les autres critères, il répond à un obstacle concret que rencontrent des personnes en situation de handicap, ici une vue réduite face à un texte trop pâle.
Trois niveaux, et pourquoi viser AA
Chaque critère porte un niveau : A pour le minimum, AA, puis AAA pour le plus exigeant. Les niveaux se cumulent : une page conforme au niveau AA remplit tous les critères A et AA.
Le niveau AA est la cible commune. C’est celui que reprend la norme européenne, et celui sur lequel WordPress s’engage pour son propre code. Le W3C déconseille lui-même de viser le niveau AAA pour un site entier, car certains contenus ne peuvent pas satisfaire tous ses critères. Une interprétation en langue des signes pour chaque vidéo enregistrée, par exemple, relève du niveau AAA.
Des versions qui se complètent
Une première version, les WCAG 1.0, a précédé la série 2, qui sert aujourd’hui de référence : les WCAG 2.0 (2008), 2.1 (2018) et 2.2 (octobre 2023). Chacune ajoute des critères à la précédente, et le W3C précise qu’un contenu conforme aux WCAG 2.2 l’est aussi aux versions 2.1 et 2.0. La version 2.2 est par ailleurs devenue une norme ISO, sous la référence ISO/IEC 40500:2025.
Une version 3 est en cours d’écriture. Le W3C la présente comme un brouillon et ne lui donne pas de date de publication : elle ne remplace rien pour l’instant.
Quand un devis ou un audit cite les WCAG, le numéro de version compte. « WCAG 2.1 AA » et « WCAG 2.2 AA » ne couvrent pas le même ensemble de critères.
L’EN 301 549, la norme européenne
L’EN 301 549 est publiée conjointement par les trois organismes européens de normalisation : l’ETSI, le CEN et le CENELEC. Son titre en fixe le périmètre : les exigences d’accessibilité applicables aux produits et services des technologies de l’information et de la communication.
Le web n’en est qu’un chapitre. La norme couvre aussi les documents hors web (un PDF, un fichier bureautique), les logiciels, le matériel, la vidéo, la communication en temps réel et la documentation qui accompagne un produit. Pour les pages web, elle ne réinvente rien : elle reprend les critères des niveaux A et AA des WCAG.
La version 4.1.1, publiée en septembre 2026, s’aligne sur les WCAG 2.2. La précédente, la version 3.2.1 de 2021, s’appuyait sur les WCAG 2.1. Une version ne confère cette présomption de conformité qu’une fois référencée au Journal officiel de l’Union européenne : d’ici là, c’est la version précédemment référencée qui la donne. Les textes nationaux suivent avec un temps de retard : en France, le champ d’application du RGAA cite encore la version 2.1.2 de 2018 comme norme de référence.
Vous n’aurez sans doute jamais à la lire. C’est un document de 276 pages, en anglais, destiné aux fabricants, aux évaluateurs et aux acheteurs. Elle sert en revanche de socle aux textes que vous croiserez réellement, à commencer par le RGAA.
Le RGAA, la méthode française
Le RGAA, référentiel général d’amélioration de l’accessibilité, est publié par la DINUM, la direction interministérielle du numérique. Sa version en vigueur, la 4.1.2, date du 18 avril 2023. Il ne crée pas d’exigences nouvelles : il traduit la norme européenne en méthode de vérification, en français et en accès libre.
Des critères formulés en questions
La méthode technique du RGAA compte 106 critères, répartis en 13 thématiques (images, couleurs, liens, formulaires, navigation…), avec en moyenne 2,5 tests par critère. Ensemble, ils couvrent les 50 critères des niveaux A et AA des WCAG 2.1 retenus par la norme européenne.
Chaque test est formulé comme une question ; selon la réponse, le critère est validé, invalidé ou déclaré non applicable à la page. Le test 8.5.1, par exemple, demande si chaque page web a un titre de page, c’est-à-dire une balise <title>. Là où les WCAG énoncent un objectif, le RGAA décrit le geste de vérification : où regarder et quoi contrôler.
Des niveaux WCAG à l’état de conformité RGAA
Les déclarations françaises ne classent pas les sites selon les niveaux A, AA et AAA. Un audit examine un échantillon représentatif de pages et détermine la proportion de critères RGAA respectés parmi les critères applicables. Un critère n’est considéré comme validé pour le site que s’il est respecté sur toutes les pages de l’échantillon où il s’applique. Le résultat détermine l’un des trois états prévus par le référentiel :
- totalement conforme : tous les critères sont respectés ;
- partiellement conforme : au moins 50 % des critères sont respectés ;
- non conforme : moins de 50 % des critères sont respectés, ou aucun audit en cours de validité n’existe.
L’échantillon n’est pas laissé au choix de l’auditeur. Il comprend au minimum, lorsqu’elles existent, la page d’accueil, la page de contact, les mentions légales, la page accessibilité, le plan du site, l’aide et la page de connexion, plus une page par type de service proposé et des pages tirées au hasard.
La déclaration d’accessibilité
L’audit débouche sur une déclaration d’accessibilité, publiée sur une page « Accessibilité » que l’on atteint depuis n’importe quelle page du site. Elle indique l’état de conformité, liste les contenus non accessibles et donne un moyen de signaler un défaut, en rappelant la possibilité de saisir le Défenseur des droits faute de réponse. La page d’accueil affiche de son côté une mention du type « Accessibilité : partiellement conforme ».
La déclaration doit être mise à jour lors d’une refonte, et au plus tard trois ans après sa publication. Ces obligations concernent les organismes soumis à la loi, présentés plus bas.
Le RGAA 5, attendu fin 2026
La version 5 est en préparation, avec une publication annoncée pour la fin 2026. Elle doit intégrer les WCAG 2.2 et ajouter des critères pour les applications mobiles et les documents bureautiques. D’après l’administration, les travaux de mise en accessibilité en cours n’ont pas à être suspendus dans l’attente : les nouvelles exigences sont présentées comme complémentaires de celles du RGAA 4.1.2.
Les autres références à connaître
Plusieurs textes circulent autour de cette chaîne. Ils sont utiles, à condition de savoir ce qu’ils sont :
- WAI-ARIA : une spécification du W3C qui ajoute au HTML des rôles, des états et des propriétés. Elle permet de décrire aux technologies d’assistance des composants que le HTML ne sait pas nommer seul, comme un système d’onglets. C’est un moyen de mise en œuvre, pas une grille d’évaluation, et le RGAA y fait référence dans ses tests. Le W3C pose lui-même comme première règle d’usage de préférer un élément HTML natif chaque fois qu’il existe.
- ATAG : les règles pour les outils de création, comme les éditeurs et les systèmes de gestion de contenu. Elles visent deux objectifs : que l’outil soit utilisable par une personne handicapée, et qu’il aide l’auteur à produire un contenu accessible. WordPress encourage ses nouvelles interfaces à les intégrer, sans en faire une obligation, et ses versions récentes portent aussi sur l’accessibilité de l’administration, comme le montrent les 46 tickets consacrés au sujet dans WordPress 7.1.
- Opquast : un référentiel de qualité web de 245 règles, réparties en 14 thèmes qui vont des contenus à la sécurité, aux données personnelles, au commerce en ligne et aux performances du serveur. Certaines de ses règles recoupent l’accessibilité, comme celles sur le contraste ou le focus clavier. Ce n’est pas pour autant un référentiel d’accessibilité : les textes français désignent l’EN 301 549 et le RGAA, pas Opquast. Il sert à évaluer la qualité d’un site dans son ensemble, à côté des normes et non à leur place.
- Les listes de contrôle et les outils automatiques : la liste de WebAIM, les extensions de navigateur et les validateurs aident à repérer des défauts, mais ne certifient rien. Un outil détecte qu’une image n’a pas d’attribut
alt; il ne sait pas dire, à lui seul, si le texte présent décrit correctement l’image.
Qui doit appliquer ces normes ?
L’obligation légale ne vise pas tous les sites. Deux régimes coexistent en France :
- Le secteur public et les très grandes entreprises. L’article 47 de la loi du 11 février 2005 vise les personnes morales de droit public, certains organismes privés liés à l’action publique (les délégataires d’une mission de service public, notamment) et les entreprises dont le chiffre d’affaires réalisé en France dépasse 250 millions d’euros. La déclaration d’accessibilité et la mention en page d’accueil s’appliquent à eux, ainsi que le RGAA, avec des aménagements pour ces entreprises, qui peuvent se référer directement aux WCAG ou employer une autre méthode de test, comme le détaille le champ d’application officiel.
- Certains services du secteur privé, depuis le 28 juin 2025. La directive européenne 2019/882, dite European Accessibility Act, a été transposée en France par la loi du 9 mars 2023. Elle vise des produits et des services précis, dont le commerce électronique, les services bancaires, les communications électroniques, le transport de voyageurs, l’accès aux services de médias audiovisuels et les livres numériques. Les microentreprises qui fournissent des services en sont dispensées. Au sens de ce texte, ce sont celles qui emploient moins de dix personnes et dont le chiffre d’affaires annuel ou le total de bilan n’excède pas deux millions d’euros, à ne pas confondre avec le régime français de la micro-entreprise. Le contrôle revient à la DGCCRF, en coordination avec d’autres autorités.
Pour un indépendant, une association ou une petite entreprise qui ne relève d’aucun de ces dispositifs, ces textes ne leur imposent pas d’obligation générale de conformité aux normes d’accessibilité présentées ici. La situation doit toutefois être vérifiée au cas par cas auprès des sources officielles : cet article ne remplace pas un conseil juridique.
Utiliser les normes comme grille de travail
Sans obligation, les normes gardent un intérêt pratique : elles disent précisément quoi vérifier, et leurs niveaux indiquent par où commencer. Viser le niveau AA des WCAG est le choix le plus cohérent, puisque c’est celui de la norme européenne, du RGAA et de WordPress.
Pour contrôler un point précis, le RGAA a l’avantage d’être rédigé en français et formulé en tests. Prenons trois questions qu’il pose, et que vous pouvez poser à votre propre site :
- Les images porteuses d’information ont-elles une alternative textuelle (test 1.1.1) ? Dans WordPress, c’est le champ texte alternatif de la médiathèque.
- Chaque page a‑t-elle un titre (test 8.5.1) ? C’est la balise title, celle qui s’affiche aussi dans l’onglet du navigateur.
- Un lien permet-il d’éviter la zone de contenu principal ou d’y accéder (test 12.7.1) ? C’est le lien d’évitement : il peut rester invisible à l’écran et n’apparaître qu’au premier appui sur la touche Tab, ce qui permet de le tester sans aucun outil.
Côté WCAG, la référence rapide du W3C permet de filtrer les critères par niveau et par thème. Elle est en anglais, mais la traduction française citée plus haut donne le texte de chaque critère.
Cette démarche a ses limites. Certains critères demandent de vérifier la restitution avec un lecteur d’écran, dans plusieurs combinaisons de navigateurs et de systèmes, ce que le RGAA appelle l’environnement de test. Surtout, un site ne se déclare pas « conforme RGAA » sur la foi de quelques vérifications : l’état de conformité suppose un audit complet de l’échantillon de pages. Respecter des critères un par un ne garantit pas non plus qu’un parcours complet reste praticable : un escalier peut être parfaitement équipé et rester infranchissable en fauteuil. Si l’accessibilité devient un enjeu pour votre activité, mieux vaut confier cet audit à un prestataire dont c’est le métier.
À retenir
- Les WCAG fixent les critères, l’EN 301 549 les reprend dans une norme européenne plus large, le RGAA en fait une méthode de test en français. Face à une exigence d’accessibilité, commencez par situer le texte dans cette chaîne.
- Les niveaux A, AA et AAA caractérisent les critères WCAG. En France, les déclarations RGAA indiquent une conformité totale, partielle ou une non-conformité à partir d’un audit de pages représentatives.
- Le niveau AA est la cible commune. Dans un devis ou un audit, vérifiez le niveau visé et le numéro de version des WCAG.
- Les versions n’évoluent pas en même temps : WCAG 2.2, EN 301 549 V4.1.1 publiée en septembre 2026, RGAA 5 annoncé pour la fin 2026.
- WAI-ARIA est un moyen technique, ATAG vise les outils de création, Opquast la qualité web : aucun ne remplace un audit d’accessibilité.
- Les obligations légales concernent notamment le secteur public, les très grandes entreprises et certains services privés depuis 2025. Même sans obligation, les critères restent une grille de vérification en accès libre : une question du RGAA posée à une page de votre site suffit pour commencer.













