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Traduction WordPress : rencontre avec FX Bénard, contributeur de l’écosystème

29 mai 2026

Quand on uti­lise Word­Press en fran­çais, on oublie par­fois tout le tra­vail néces­saire pour rendre l’interface, les exten­sions et les thèmes com­pré­hen­sibles, cohé­rents et agréables à uti­li­ser. Der­rière ces tra­duc­tions, il y a des contri­bu­teurs et contri­bu­trices qui œuvrent depuis des années pour rendre l’écosystème Word­Press acces­sible au plus grand nombre.

FX Bénard fait par­tie de ces contri­bu­teurs. Depuis une quin­zaine d’années, il évo­lue dans l’univers Word­Press par le biais de la tra­duc­tion. Il a d’abord tra­duit des exten­sions et des thèmes pour des clients, avant de s’investir plus lar­ge­ment sur trans​late​.word​press​.org, d’échanger avec les dev et de prendre une place active dans la com­mu­nau­té. Cet enga­ge­ment l’a conduit à deve­nir GTE, c’est-à-dire Glo­bal Trans­la­tion Edi­tor.

En 2017, il cofonde WP-Trans­la­tions avec Jérôme Sad­ler, avec une idée simple : pro­po­ser aux per­sonnes qui déve­loppent des exten­sions et des thèmes, des tra­duc­tions réa­li­sées par des per­sonnes qui connaissent réel­le­ment Word­Press. Aujourd’hui, WP-Trans­la­tions couvre 28 langues avec une équipe d’experts, et déve­loppe aus­si Trans­la­tions­Press, une pla­te­forme pen­sée spé­ci­fi­que­ment pour la tra­duc­tion Word­Press.

J’ai deman­dé à Bénard des ques­tions sur la tra­duc­tion Word­Press. Dans cette inter­view, il nous explique son par­cours, les enjeux de la tra­duc­tion Word­Press, le rôle de la com­mu­nau­té et l’importance d’une tra­duc­tion de qua­li­té pour les utilisateurs/utilisatrices comme pour les déve­lop­peuses et développeurs.

FX, comment es-tu arrivé dans l’écosystème WordPress ?

Comme beau­coup de monde : un peu par hasard, puis très volon­tai­re­ment.

J’utilisais Word­Press pour des pro­jets per­son­nels, et ce qui m’a accro­ché, ce n’est pas seule­ment l’outil. C’est la phi­lo­so­phie der­rière : l’open source, la com­mu­nau­té, l’idée que des gens donnent de leur temps pour rendre un logi­ciel acces­sible dans leur langue.

J’ai com­men­cé modes­te­ment dans la tra­duc­tion, puis j’ai pris des res­pon­sa­bi­li­tés dans la locale fran­çaise. À un moment, la ques­tion est deve­nue simple : com­ment faire ça bien, à grande échelle, et de manière pro­fes­sion­nelle ? C’est là que l’aventure entre­pre­neu­riale a commencé.

Qu’est-ce que la contribution à WordPress t’apporte personnellement et professionnellement ?

Per­son­nel­le­ment, ça m’ancre. Tra­vailler pour quelque chose qui dépasse ton inté­rêt immé­diat, c’est sain. Quand je valide une tra­duc­tion, je pense à la per­sonne qui va uti­li­ser son site en fran­çais et qui mérite une inter­face claire, cohé­rente, bien écrite.

Pro­fes­sion­nel­le­ment, la contri­bu­tion m’a tout appor­té : la cré­di­bi­li­té, les rela­tions, la com­pré­hen­sion de Word­Press de l’intérieur. Dans ce métier, on ne vend pas des tra­duc­tions Word­Press sérieu­se­ment sans être connu de l’écosystème. La contri­bu­tion, c’est ma carte de visite — sauf qu’elle se construit sur quinze ans, pas sur un slogan.

Pourquoi la traduction est-elle si importante pour l’expérience utilisateur ?

Parce qu’une inter­face dans sa langue, ce n’est pas un confort. C’est une condi­tion d’accès.
Quand une per­sonne ins­talle une exten­sion et se retrouve face à des menus en anglais qu’elle ne com­prend pas, elle ne va pas se deman­der pour­quoi. Elle va hési­ter, se trom­per, ou dés­ins­tal­ler. Une bonne tra­duc­tion trans­forme un outil qu’on subit en un outil qu’on uti­lise.

Il y a aus­si un enjeu de confiance. Une inter­face bien tra­duite, cohé­rente, avec les bons termes, envoie un mes­sage simple : ce pro­duit a été pen­sé avec soin. Une mau­vaise tra­duc­tion, au contraire, se voit immé­dia­te­ment. Et elle abîme la per­cep­tion du pro­duit.

Pour les per­sonnes qui déve­loppent des exten­sions ou des thèmes, le sujet ne devrait même plus être secon­daire. Une grande par­tie des gens qui uti­lisent Word­Press n’est pas anglo­phone. Si une exten­sion n’est pas tra­duite, ou si elle l’est mal, ces per­sonnes-là sont per­dues avant même d’avoir commencé.

Tu es GTE. Que signifie ce rôle ?

GTE signi­fie Gene­ral Trans­la­tion Edi­tor. Sur trans​late​.word​press​.org, c’est le rôle qui per­met de vali­der les tra­duc­tions sur l’ensemble des pro­jets d’une locale. Dans mon cas, pour le fran­çais, cela couvre les exten­sions, les thèmes, le cœur de Word­Press et les pro­jets méta.

Je suis aus­si Locale Mana­ger, ce qui veut dire que j’interviens sur fr​.word​press​.org lui-même, sur les annonces de ver­sions, et plus lar­ge­ment sur la ges­tion de la locale.

Concrè­te­ment, c’est beau­coup de contrôle qua­li­té : glos­saire, cohé­rence ter­mi­no­lo­gique, style, res­pect des conven­tions. Le but n’est pas d’imposer des pré­fé­rences per­son­nelles. Le but, c’est que les per­sonnes qui uti­lisent Word­Press retrouvent les mêmes mots pour les mêmes choses, d’un pro­jet à l’autre.

Quels sont les autres rôles dans l’équipe de traduction ?

Il y a plu­sieurs niveaux.

Le pre­mier, c’est le rôle de contri­bu­teur ou contri­bu­trice : toute per­sonne avec un compte Word​Press​.org peut pro­po­ser des tra­duc­tions. Elles ne sont sim­ple­ment pas publiées direc­te­ment.

Ensuite, il y a le PTE, Pro­ject Trans­la­tion Edi­tor, qui peut vali­der les tra­duc­tions pour un pro­jet pré­cis, comme une exten­sion ou un thème.

Au-des­sus, le GPTE peut vali­der sur l’ensemble des exten­sions et des thèmes.

Enfin, le GTE peut vali­der sur tous les pro­jets de la locale, y com­pris les pro­jets méta, et accom­pa­gner la gouvernance.

Pourquoi le glossaire est-il si important ?

Parce que sans glos­saire, cha­cun tra­duit de son côté, avec sa logique, et l’utilisateur se retrouve avec plu­sieurs mots pour dési­gner la même chose.

Le glos­saire, c’est ce qui tient l’ensemble. C’est lui qui garan­tit la cohé­rence d’un éco­sys­tème immense, où des mil­liers de per­sonnes contri­buent à des dizaines de mil­liers de pro­jets.

Cer­taines déci­sions paraissent simples, mais elles sont essen­tielles : dire “exten­sion” et non “plu­gin”, “marge interne” et non “pad­ding”, gar­der une conti­nui­té d’une inter­face à l’autre. Sans ça, Word­Press devient un patch­work lin­guis­tique.

Comment les décisions se prennent-elles pour le glossaire ?

Ce n’est pas un sys­tème auto­ri­taire. C’est un pro­ces­sus col­lec­tif.

Quand un terme pose pro­blème, la dis­cus­sion s’ouvre : sur Slack, pen­dant les échanges de com­mu­nau­té, ou lors d’événements. On regarde les usages exis­tants, les pré­cé­dents, la clar­té pour les uti­li­sa­teurs, et on cherche un consen­sus.

C’est par­fois lent, mais c’est nor­mal. La len­teur fait par­tie du prix à payer pour avoir une vraie légi­ti­mi­té communautaire.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des personnes qui débutent avec la traduction WordPress ?

La pre­mière, c’est d’ignorer le glos­saire. Les gens arrivent avec de bonnes inten­tions, par­fois avec de bons réflexes, mais sans connaître les conven­tions de Word­Press.

La deuxième, c’est la tra­duc­tion trop lit­té­rale. Une phrase peut être cor­recte mot à mot et son­ner faux dans une inter­face.

La troi­sième, ce sont les détails typo­gra­phiques : apos­trophes, espaces insé­cables, guille­mets, cohé­rence géné­rale. Ce sont de petites choses, mais elles changent immé­dia­te­ment la qua­li­té per­çue.

Heu­reu­se­ment, il existe des outils pour aider, comme Glot­Dict ou SPTE. L’idée n’est pas de com­pli­quer la contri­bu­tion. L’idée est de rendre la qua­li­té plus facile à atteindre.

Quelle idée reçue sur la traduction WordPress aimerais-tu corriger ?

L’idée que tra­duire serait une tâche méca­nique, que n’importe qui pour­rait faire sans méthode.

La réa­li­té, c’est que tout le monde peut contri­buer, et c’est très bien ain­si. Mais bien tra­duire Word­Press demande quand même d’apprendre un cadre : un glos­saire, des conven­tions, des contraintes tech­niques, une com­pré­hen­sion de l’usage réel.

On peut apprendre vite. Mais deve­nir vrai­ment bon, demande du temps. Et c’est pré­ci­sé­ment ce qui donne sa valeur à la com­mu­nau­té de traduction.

Un jour, quelqu’un m’a dit que traduire, ce n’était pas contribuer. Que réponds-tu à ça ?

Je réponds que rendre un logi­ciel acces­sible, c’est contri­buer.

Tout le monde ne code pas. Mais tout le monde a besoin de com­prendre ce qu’il uti­lise. Si Word­Press est uti­li­sé dans des dizaines de langues par des cen­taines de mil­lions de per­sonnes, c’est aus­si parce qu’il existe une com­mu­nau­té de tra­duc­tion der­rière.

Le tra­vail des tra­duc­teurs est dis­cret, par­fois invi­sible. Mais il est par­tout. À chaque bou­ton, à chaque réglage, à chaque mise à jour. Le fait qu’on ne voie pas leur nom à l’écran ne rend pas leur contri­bu­tion moins réelle.

Quel est ton regard sur l’IA dans la traduction ?

L’IA est à la fois l’outil le plus pro­met­teur et le plus mal com­pris du moment.

Pro­met­teur, parce qu’on a aujourd’hui des modèles capables de pro­duire une base de très bon niveau, sur­tout lorsqu’ils sont nour­ris avec un contexte métier solide.

Mal com­pris, parce que beau­coup ima­ginent qu’elle rem­place le juge­ment humain. Ce n’est pas le cas. Elle déplace le tra­vail.

Le tra­duc­teur ne passe plus son temps à pro­duire chaque mot à par­tir de zéro : il éva­lue, il tranche, il cor­rige, il contex­tua­lise.

Dans Word­Press, la cohé­rence ter­mi­no­lo­gique, le res­pect du glos­saire, les plu­riels, les contraintes d’interface, le contexte tech­nique — tout cela demande encore une vraie exper­tise humaine. L’IA peut accé­lé­rer. Elle ne donne pas le sens. Sans cadre, elle pro­duit sur­tout de la vitesse. Et de la vitesse sans direc­tion coûte cher à corriger.

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