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Handicap et accessibilité web : les différents types de handicaps face au web

28 septembre 2026

Quand on fait de l’ac­ces­si­bi­li­té web, on pense au contraste des cou­leurs, on ajoute un texte alter­na­tif aux images, on fait en sorte que la navi­ga­tion au cla­vier se fasse cor­rec­te­ment. Des prin­cipes utiles, mais qu’on applique par­fois un peu méca­ni­que­ment, sans vrai­ment se repré­sen­ter à qui ils s’a­dressent concrètement.

Dans un pré­cé­dent article, j’ex­pli­quais pour­quoi l’ac­ces­si­bi­li­té web est essen­tielle. Aujourd’­hui, je vous pro­pose d’al­ler un peu plus loin : regar­der, han­di­cap par han­di­cap, ce qui bloque réel­le­ment une per­sonne quand elle arrive sur un site mal conçu. Parce que com­prendre le blo­cage concret, c’est sou­vent ce qui aide le mieux à ne pas le repro­duire. Et aus­si, c’est une bonne base pour expli­quer à vos clients, pour­quoi cer­tains de vos choix dans la concep­tion de leur site sont pri­mor­diaux pour l’accessibilité.

Le handicap visuel

C’est sans doute le han­di­cap le plus sou­vent cité quand on parle d’ac­ces­si­bi­li­té web, et pour cause : une bonne par­tie des sites reste pen­sée uni­que­ment pour des yeux qui voient bien. Ce han­di­cap regroupe des situa­tions très dif­fé­rentes : la céci­té, la mal­voyance (basse vision), et les troubles de la per­cep­tion des cou­leurs (comme le dal­to­nisme ou encore la deutéranopie…).

Concrè­te­ment, voi­ci des exemples qui bloquent une per­sonne aveugle ou mal­voyante et qui navigue le plus sou­vent avec un lec­teur d’é­cran. Un lec­teur d’é­cran est un logi­ciel qui lit le conte­nu de la page à voix haute comme Voi­ceO­ver, natif sur les appa­reils Mac, ou NVDA, solu­tion gra­tuite et open­source, ou encore JAWS pour Win­dows et payant.

On a donc : 

  • une image sans texte alter­na­tif, que le lec­teur d’é­cran ne peut tout sim­ple­ment pas décrire. C’est pro­blé­ma­tique sur­tout si elle est por­teuse d’in­for­ma­tion. A noter, que le texte alter­na­tif est aus­si très utile si on visite un site et qu’on a une mau­vaise connexion internet.
  • un contraste de cou­leurs trop faible entre le texte et le fond, illi­sible pour une per­sonne mal­voyante, mais en vrai ça concerne tout le monde. 
  • une infor­ma­tion trans­mise uni­que­ment par la cou­leur (par exemple, « les champs en rouge sont obli­ga­toires »), invi­sible pour une per­sonne dal­to­nienne ou pour un lec­teur d’écran
  • un for­mu­laire mal struc­tu­ré : si vos balises « label » ne com­portent pas les attri­buts « for » et « id » qui per­mettent de relier l’é­ti­quette visible au bon champ.
  • un mal­voyant ren­con­tre­ra des pro­blèmes si une mise en page se casse com­plè­te­ment dès qu’on zoome avec le navigateur.
  • les vidéos qui se lancent auto­ma­ti­que­ment, avec du son, sur un site web : une per­sonne qui visite votre site avec un lec­teur d’é­cran, n’en­ten­dra pas ce que dit le lecteur.

(Petit apar­té, vous pou­vez par­ler de per­sonnes « aveugles », ce n’est pas un gros mot.)

Le handicap auditif

La sur­di­té, totale ou par­tielle, touche aus­si la façon de consul­ter un site.

Le blo­cage le plus évident concerne les vidéos et les conte­nus audio : une vidéo sans sous-titres, un pod­cast sans trans­crip­tion écrite, ou une alerte pure­ment sonore (un signal qui bipe sans aucun équi­valent visuel) sont inac­ces­sibles à une per­sonne sourde ou mal­en­ten­dante. J’a­vais d’ailleurs consa­cré un article entier à l’ac­ces­si­bi­li­té des vidéos, pour qui veut aller plus loin sur ce point précis.

Encore une fois, le fait de rendre acces­sible les vidéos et les conte­nus audio pro­fite à tout le monde. Si on consulte une vidéo dans la salle d’at­tente d’un méde­cin, et qu’on n’a pas de casque, on est bien content d’a­voir des sous-titres.

Le handicap moteur

Ici, on parle de mobi­li­té réduite des mains ou des bras. C’est le cas par exemple de per­sonnes qui on des trem­ble­ments, à cause de la mala­die de Par­kin­son ou d’autres mala­dies comme l’ar­thrite, la SLA (sclé­rose laté­rale amyo­tro­phique qu’on connaît aus­si sous le nom de la mala­die de Char­cot) dont souf­frait le très connu Ste­phen Haw­king. Cela concerne éga­le­ment les per­sonnes qui ont des mal­for­ma­tions. Ce sont autant de situa­tions où la sou­ris devient un obs­tacle plu­tôt qu’un outil.

Les blo­cages les plus fré­quents sont :

  • un site uti­li­sable uni­que­ment à la sou­ris, sans pos­si­bi­li­té de navi­guer au cla­vier (avec la touche Tab, par exemple)
  • des zones cli­quables trop petites ou trop rap­pro­chées les unes des autres, dif­fi­ciles à viser pour les per­sonnes qui ont des tremblements.
  • un for­mu­laire avec un temps limi­té pour être rem­pli, sans pos­si­bi­li­té de le pro­lon­ger : ce der­nier point mérite qu’on s’y arrête : un temps de rem­plis­sage trop court peut sem­bler un détail tech­nique ano­din, mais il exclut de fait toute per­sonne qui a sim­ple­ment besoin de plus de temps pour sai­sir une information.
  • Le glis­ser-dépo­ser peut aus­si être un pro­blème pour les per­sonnes qui ont un trouble de la coordination.

Le handicap cognitif et les troubles invisibles

Cette caté­go­rie est sans doute la moins visible, et donc la plus sou­vent oubliée dans les réflexions sur l’ac­ces­si­bi­li­té. Elle regroupe la dys­lexie, les troubles de l’at­ten­tion (TDAH), les troubles du spectre autis­tique, ou encore le han­di­cap psychique.

Pour ces per­sonnes, les blo­cages sont rare­ment liés à une impos­si­bi­li­té tech­nique d’ac­cé­der au conte­nu, mais plu­tôt à une dif­fi­cul­té à le traiter :

  • des phrases trop longues ou un voca­bu­laire inuti­le­ment complexe
  • une mise en page sur­char­gée, avec trop d’élé­ments qui se dis­putent l’attention
  • des ani­ma­tions ou des fenêtres pop-up enva­his­santes, qui rendent la concen­tra­tion difficile
  • un par­cours de navi­ga­tion peu pré­vi­sible, qui change de logique d’une page à l’autre

Un site plus clair, plus sobre, avec une struc­ture cohé­rente, pro­fite ici direc­te­ment aux per­sonnes concer­nées. Et, à vrai dire, une fois encore, à tout le monde.

Un cas particulier : l’épilepsie photosensible

Ce point mérite une men­tion à part, parce qu’il touche direc­te­ment à des choix de concep­tion encore assez répan­dus. Cer­tains conte­nus visuels, en par­ti­cu­lier des ani­ma­tions, des vidéos en lec­ture auto­ma­tique ou des flashs rapides, peuvent déclen­cher des crises chez les per­sonnes photosensibles.

C’est une des rai­sons pour les­quelles je décon­seille régu­liè­re­ment les car­rou­sels auto­ma­tiques et les vidéos en lec­ture auto­ma­tique : au-delà de leurs limites en matière d’er­go­no­mie ou de per­for­mance, ces élé­ments posent aus­si un vrai enjeu d’ac­ces­si­bi­li­té, sou­vent pas­sé sous silence.

Et le handicap n’est pas toujours permanent : le handicap situationnel

Pour ter­mi­ner ce tour d’ho­ri­zon, un der­nier point me semble impor­tant : le han­di­cap n’est pas tou­jours une situa­tion per­ma­nente. On parle alors de han­di­cap situa­tion­nel, pour dési­gner des contraintes tem­po­raires ou liées au contexte. J’en ai déjà un peu par­lé plus haut.

Un bras dans le plâtre qui empêche d’u­ti­li­ser une sou­ris nor­ma­le­ment. Un envi­ron­ne­ment bruyant, dans les trans­ports ou une salle d’at­tente, qui rend une vidéo inau­dible sans sous-titres. Un écran de smart­phone consul­té en plein soleil, où les contrastes trop faibles deviennent sou­dain un vrai pro­blème. Une connexion inter­net limi­tée, qui rend une page trop lourde impos­sible à charger.

Dans toutes ces situa­tions, n’im­porte qui se retrouve, l’es­pace d’un ins­tant, face aux mêmes blo­cages qu’une per­sonne en situa­tion de han­di­cap per­ma­nent. C’est sans doute le meilleur argu­ment pour rap­pe­ler qu’un site acces­sible ne pro­fite pas à une mino­ri­té de per­sonnes, mais poten­tiel­le­ment à tout le monde, à un moment ou à un autre.

Prendre le temps de pen­ser à ces blo­cages concrets, type par type, change la façon dont on aborde l’ac­ces­si­bi­li­té. Ce n’est plus une contrainte tech­nique abs­traite ou une case à cocher, mais une ques­tion de per­sonnes bien réelles, avec des besoins précis.

Je ter­mine avec un site qui simule les dif­fé­rents types de han­di­caps, donc j’ai par­lé ici. Ça donne une bonne idée de ce que vivent les per­sonnes en situa­tion de handicap.

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