Quand on fait de l’accessibilité web, on pense au contraste des couleurs, on ajoute un texte alternatif aux images, on fait en sorte que la navigation au clavier se fasse correctement. Des principes utiles, mais qu’on applique parfois un peu mécaniquement, sans vraiment se représenter à qui ils s’adressent concrètement.
Dans un précédent article, j’expliquais pourquoi l’accessibilité web est essentielle. Aujourd’hui, je vous propose d’aller un peu plus loin : regarder, handicap par handicap, ce qui bloque réellement une personne quand elle arrive sur un site mal conçu. Parce que comprendre le blocage concret, c’est souvent ce qui aide le mieux à ne pas le reproduire. Et aussi, c’est une bonne base pour expliquer à vos clients, pourquoi certains de vos choix dans la conception de leur site sont primordiaux pour l’accessibilité.
Le handicap visuel
C’est sans doute le handicap le plus souvent cité quand on parle d’accessibilité web, et pour cause : une bonne partie des sites reste pensée uniquement pour des yeux qui voient bien. Ce handicap regroupe des situations très différentes : la cécité, la malvoyance (basse vision), et les troubles de la perception des couleurs (comme le daltonisme ou encore la deutéranopie…).
Concrètement, voici des exemples qui bloquent une personne aveugle ou malvoyante et qui navigue le plus souvent avec un lecteur d’écran. Un lecteur d’écran est un logiciel qui lit le contenu de la page à voix haute comme VoiceOver, natif sur les appareils Mac, ou NVDA, solution gratuite et opensource, ou encore JAWS pour Windows et payant.
On a donc :
- une image sans texte alternatif, que le lecteur d’écran ne peut tout simplement pas décrire. C’est problématique surtout si elle est porteuse d’information. A noter, que le texte alternatif est aussi très utile si on visite un site et qu’on a une mauvaise connexion internet.
- un contraste de couleurs trop faible entre le texte et le fond, illisible pour une personne malvoyante, mais en vrai ça concerne tout le monde.
- une information transmise uniquement par la couleur (par exemple, « les champs en rouge sont obligatoires »), invisible pour une personne daltonienne ou pour un lecteur d’écran
- un formulaire mal structuré : si vos balises « label » ne comportent pas les attributs « for » et « id » qui permettent de relier l’étiquette visible au bon champ.
- un malvoyant rencontrera des problèmes si une mise en page se casse complètement dès qu’on zoome avec le navigateur.
- les vidéos qui se lancent automatiquement, avec du son, sur un site web : une personne qui visite votre site avec un lecteur d’écran, n’entendra pas ce que dit le lecteur.
(Petit aparté, vous pouvez parler de personnes « aveugles », ce n’est pas un gros mot.)
Le handicap auditif
La surdité, totale ou partielle, touche aussi la façon de consulter un site.
Le blocage le plus évident concerne les vidéos et les contenus audio : une vidéo sans sous-titres, un podcast sans transcription écrite, ou une alerte purement sonore (un signal qui bipe sans aucun équivalent visuel) sont inaccessibles à une personne sourde ou malentendante. J’avais d’ailleurs consacré un article entier à l’accessibilité des vidéos, pour qui veut aller plus loin sur ce point précis.
Encore une fois, le fait de rendre accessible les vidéos et les contenus audio profite à tout le monde. Si on consulte une vidéo dans la salle d’attente d’un médecin, et qu’on n’a pas de casque, on est bien content d’avoir des sous-titres.
Le handicap moteur
Ici, on parle de mobilité réduite des mains ou des bras. C’est le cas par exemple de personnes qui on des tremblements, à cause de la maladie de Parkinson ou d’autres maladies comme l’arthrite, la SLA (sclérose latérale amyotrophique qu’on connaît aussi sous le nom de la maladie de Charcot) dont souffrait le très connu Stephen Hawking. Cela concerne également les personnes qui ont des malformations. Ce sont autant de situations où la souris devient un obstacle plutôt qu’un outil.
Les blocages les plus fréquents sont :
- un site utilisable uniquement à la souris, sans possibilité de naviguer au clavier (avec la touche Tab, par exemple)
- des zones cliquables trop petites ou trop rapprochées les unes des autres, difficiles à viser pour les personnes qui ont des tremblements.
- un formulaire avec un temps limité pour être rempli, sans possibilité de le prolonger : ce dernier point mérite qu’on s’y arrête : un temps de remplissage trop court peut sembler un détail technique anodin, mais il exclut de fait toute personne qui a simplement besoin de plus de temps pour saisir une information.
- Le glisser-déposer peut aussi être un problème pour les personnes qui ont un trouble de la coordination.
Le handicap cognitif et les troubles invisibles
Cette catégorie est sans doute la moins visible, et donc la plus souvent oubliée dans les réflexions sur l’accessibilité. Elle regroupe la dyslexie, les troubles de l’attention (TDAH), les troubles du spectre autistique, ou encore le handicap psychique.
Pour ces personnes, les blocages sont rarement liés à une impossibilité technique d’accéder au contenu, mais plutôt à une difficulté à le traiter :
- des phrases trop longues ou un vocabulaire inutilement complexe
- une mise en page surchargée, avec trop d’éléments qui se disputent l’attention
- des animations ou des fenêtres pop-up envahissantes, qui rendent la concentration difficile
- un parcours de navigation peu prévisible, qui change de logique d’une page à l’autre
Un site plus clair, plus sobre, avec une structure cohérente, profite ici directement aux personnes concernées. Et, à vrai dire, une fois encore, à tout le monde.
Un cas particulier : l’épilepsie photosensible
Ce point mérite une mention à part, parce qu’il touche directement à des choix de conception encore assez répandus. Certains contenus visuels, en particulier des animations, des vidéos en lecture automatique ou des flashs rapides, peuvent déclencher des crises chez les personnes photosensibles.
C’est une des raisons pour lesquelles je déconseille régulièrement les carrousels automatiques et les vidéos en lecture automatique : au-delà de leurs limites en matière d’ergonomie ou de performance, ces éléments posent aussi un vrai enjeu d’accessibilité, souvent passé sous silence.
Et le handicap n’est pas toujours permanent : le handicap situationnel
Pour terminer ce tour d’horizon, un dernier point me semble important : le handicap n’est pas toujours une situation permanente. On parle alors de handicap situationnel, pour désigner des contraintes temporaires ou liées au contexte. J’en ai déjà un peu parlé plus haut.
Un bras dans le plâtre qui empêche d’utiliser une souris normalement. Un environnement bruyant, dans les transports ou une salle d’attente, qui rend une vidéo inaudible sans sous-titres. Un écran de smartphone consulté en plein soleil, où les contrastes trop faibles deviennent soudain un vrai problème. Une connexion internet limitée, qui rend une page trop lourde impossible à charger.
Dans toutes ces situations, n’importe qui se retrouve, l’espace d’un instant, face aux mêmes blocages qu’une personne en situation de handicap permanent. C’est sans doute le meilleur argument pour rappeler qu’un site accessible ne profite pas à une minorité de personnes, mais potentiellement à tout le monde, à un moment ou à un autre.
Prendre le temps de penser à ces blocages concrets, type par type, change la façon dont on aborde l’accessibilité. Ce n’est plus une contrainte technique abstraite ou une case à cocher, mais une question de personnes bien réelles, avec des besoins précis.
Je termine avec un site qui simule les différents types de handicaps, donc j’ai parlé ici. Ça donne une bonne idée de ce que vivent les personnes en situation de handicap.













